• Ce qui ne nous tue pas… nous rend-il vraiment plus fort ?

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Le 26 octobre 2010 par Jean-François Dortier

2311914735_1Que penser de la formule selon laquelle « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » ? Quand la vie vous donne un rude coup – accident, échec -, cela laisse toujours des cicatrices. Un rat soumis à des stress continus (chocs électriques, agressions) devient craintif, stressé, et développe des signes de dépression. Sa santé flanche. Il n’est pas mort, mais est devenu plus faible et fragile. Les humains sont aussi des primates, et leur réaction est identique. Les épreuves dont ils ne sont pas sortis victorieux laissent des traces. Il est connu et confirmé que les graves épreuves de la vie (accidents, deuil, maladie, licenciement…) ont un effet délétère sur le bien –être. Stress, dépression, maladies psychosomatiques et mal de vivre : tels sont les effets durables des coups durs. Pourtant, une étude vient relativiser ce phénomène.
Le psychologue Mark Seery, de l’université de Buffallo, aux Etats-Unis, a réalisé une enquête nationale auprès de près de 2 400 personnes (2 396 exactement), qui ont été interrogées régulièrement entre 2001 to 2004. M. Seery et son équipe ont découvert que le lien entre adversité et bien-être est plus complexe qu’il n’y paraît. Les chercheurs ont mesuré les liens entre les épreuves de vie et plusieurs mesures de santé mentale tels que le taux de dépression, les symptômes post-traumatiques ou simplement le sentiment de bien-être. Comme on peut s’y attendre, les personnes qui ont connu de graves épreuves sont plus souvent atteintes de troubles dépressifs ou se déclarent moins satisfaites de leur vie. « Cependant, note M. Seery, nos courbes ont une forme en U ». On observe en effet que les personnes qui au cours de leur vie ont connu des problèmes mineurs ou passagers, sont moins affectées que les autres (celles qui ont trop ou, étrangement… pas du tout connu de problèmes !).
Selon M. Serry, ce constat est cohérent avec l’idée qu’en proportion modérée, prendre quelques coups contribue tout de même à développer une certaine résilience. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ? » Ce ne serait donc vrai que pour les petites claques, pas pour les gros chocs.

M. Seery et al. (2010) Whatever Does Not Kill Us: Cumulative Lifetime Adversity, Vulnerability and Resilience, à paraître dans le Journal of Personality and Social Psychology.
PS : j’ai publié ce post sur le cercle psy (sous pseudo). Mais je le reproduit car j’aimerais avoir votre avis.

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9 commentaires »

  1. LOL dit :

    Ce qui ne nous tue pas nous affaiblit.

  2. Salomé ROSENVAIG dit :

    Je ne suis pas du tout d’accord avec ces recherches. J’écris un livre sur ma mésaventure douloureuse autant physique que psychique.
    Je pense vraiment comme Nietszche… sur d’autres sujets aussi. je dirais que je m’y retrouve entièrement. Bien cordialement.
    PS: J’ai quand même publié votre article…histoire de voir QUI me lit vraiment;-)

  3. Salomé ROSENVAIG dit :

    Erratum et additif:
    Je ne suis pas du tout d’accord avec ces recherches.
    J’écris un livre sur ma mésaventure douloureuse autant physique que psychique.Il doit être freudien ce M.Seery!
    Je pense vraiment comme Nietszche… sur d’autres sujets aussi. Je dirais que je m’y retrouve entièrement. Bien cordialement.
    PS: J’ai quand même publié votre article…histoire de voir QUI me lit vraiment;-)

  4. Brug85 dit :

    Bonjours a tous,j’ai eu un grave accident.ca fait un ans que je fais du Kiné pour récupéré mon bras droit…. :/.je suis plus faible physiquement mais de surmonté cette épreuve ma rendu beaucoup plus fort mentalement.quand on croit que l’on va être handicapé toute sa vie mais qu’on se bat pour ne pas l’être pour moi ces un excellente preuve que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort!!!

  5. Karo Basim dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec ces propos. Les petits coups durs sont salutaires et nous renforcent, le cumul de (très) lourdes épreuves (deuils prématurés, maladies graves, etc.) nous détruisent petit à petit, moralement si pas toujours physiquement.

  6. Mathieu dit :

    Je ne pense pas que Nietzshe se soit placé d’un point de vue psychologique ou medical en proposant cette affirmation.
    Il faut la mettre en regard avec certaines de ses idées directrices : la douleur est indispensable a l’existence du bien-etre (de meme que la finitude est indispensable a la vie) d’une part, et l’epreuve est indispensable a l’idée de « noblesse » ou de « force » d’autre part.
    J’ai eu la chance de n’avoir jusqu’a present jamais vecu d’evenement extremement traumatique, je sais simplement que je suis heureux de constater des phénomenes de resilience de la meme maniere qu’il ne me viendrait pas a l’idee de culpabiliser des gens diminués voire détruits par les épreuves de la vie.
    Je pense que cette phrase doit donc rester dans son contexte philosophique qui est complexe, et qu’il ne faut pas chercher a en faire une regle de vie ou une verite applicable telle quelle.

  7. André Geay dit :

    Pour être personnellement revenu de très loin (pronostic vital engagé)je peux témoigner de l’effet bénéfique d’un traumatisme grave (comme brug85 dont je partage le commentaire). Je dirais l’inverse de cette recherche : les petites épreuves nous dépriment, les grandes nous tuent ou nous redent plus forts…

  8. Stan Madoré dit :

    De mon point de vue, la phrase de Nietzshe aurait mérité une condition :
    Ce qui ne te tue pas, quand tu t’en sors, te rend plus fort.

  9. wilk dit :

    Ce qui ne tue pas (mais blesse) rend plus fort celui qui frappe.
    Cette phrase est hélas souvent utilisée comme « bonne excuse » de la violence. Je pense aux châtiments corporels des enfants par exemple. Il me semble qu’il a été établi par de nombreuses études que le résultat était l’inverse de celui espéré.

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