Chasseurs de rêves : suite

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Le 21 décembre 2011 par Jean-François Dortier

J’étais hier invité à L’émission d’hier Les Experts sur Europe 1 (qu’on peut réécouter ici) consacré aux rêves d’enfants : « Quand je serai grand », thème sur lequel j’ai rédigé un article à paraître dans le prochain Sciences Humaines mais qu’on peut déjà consulter ici.

J’ai profité de l’antenne pour lancer un appel aux témoignages : « Et vous quels sont vos rêves ? » Car je soutiens – et voudrais démontrer – que les rêves d’enfants ne s’évanouissent pas avec l’âge pour laisser place à une triste réalité : celle d’une vie sans espoirs secrets, sans projets, sans légende personnelle. Même les super héros de l’enfance n’ont pas disparu. Il revivent sous de nouvelle formes et sont toujours prêts à resurgir.

Une vingtaine de témoignages sont déjà parvenus. Tous intéressants et attachants et racontés simplement, avec des mots justes. Merci à tous. Tous confirment que les rêves d’enfance ne s’éteignent pas à l’âge adulte (et c’est bien ainsi). J’aimerais poursuivre cet enquête et connaître aussi votre histoire secrète : oui la vôtre.

Il y a un bénéfice caché à ce témoignage. Parler de ses rêves c’est déjà les réactiver. C’est redonner vie à une idée qui nous est chère et qui sommeille au fond de soi. Redonner vie à ses idées : c’est le premier pas pour qu’un projet, un désir, un souhait, un voeu soit un jour exaucé. Et comme c’est justement le temps des vœux et des cadeaux. Profitons en.

• Le début de l’enquête voir le billet précédent.

• L’article « Quand je serai grand ».


Enquête. Et vous : que ferez vous quand vous serez grand ?

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Le 20 décembre 2011 par Jean-François Dortier

Je suis un chasseur de rêves et j’ai besoin de vous.

Je lance une enquête en ligne sur les rêves éveillés : ces projets ou rêveries qui nous hantent tous, petits et grands. Merci de votre participation.

L’enfance ne se termine jamais. Ni à l’adolescence et sa métamorphose. Ni à l’âge de la jeunesse quand on quitte le foyer parental pour voler de ses propres ailes : faire des études, entrer dans la vie professionnelle. L’enfance ne se termine pas non plus quand on devient soi-même parent.

Non, l’enfance dure encore bien longtemps. En fait les enfants sont plus adultes qu’on le croient. Et les adultes continuent à nourrir en secret leur rêves d’enfance.

Même adulte nous continuons à nous demander « qu’est-ce que je ferai quand je serai grand ? ». L’année prochaine; dans dix ans; quand j’aurai un peu plus de temps a moi, quand les enfants seront grands, quand je serai à la retraite… Alors là, je pourrais enfin voyager, écrire un livre, changer de métier, tout plaquer et changer de vie…

Je lance une enquête sur le thème des rêves éveillés – réalistes ou non – qui continuent à hanter l’esprit des grands enfants que nous sommes tous encore.

J’aimerais disposer de témoignages d’adultes qui continuent à rêver  à 30, 40, 50 ans : « quand je serai grand, je serai.. ».

Et vous? Que serez vous quand vous serez grand ? Merci de me laisser ici, dans les « commentaires », quelques mots ou quelques lignes à propos de vos rêves d’avenir : fonder une association, écrire vos mémoires, visiter l’Afrique noire, créer une entreprise, réussir un concours, devenir un roi du poker ou vous faire élire maire de votre petite commune, tourner un film, rencontrer le prince charmant ou la princesse…

Dans les semaines a venir je publierai le résultat de mon enquête. Et puisque c’est l’époque de Noël et des vœux, je vous promets que certains seront bientôt réalisés…

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Murakami et le temps immobile

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Le 15 décembre 2011 par Jean-François Dortier

Haruki Murakami est un auteur zen. Il a cette faculté rare de faire ralentir le temps. Comme Proust. Il décrit une feuille de laurier ou une goutte d’eau qui glisse le long de la vitre, et c’est trois pages de descriptions… Avec lui le temps passe plus doucement. Ses personnages évoluent lentement, passent beaucoup de temps à ne rien faire d’autre que d’attendre, rêvasser, méditer en fumant des cigarettes, en buvant un café ou en marchant le long d’une rivière.

J’avoue que dans certains de ces romans, j’ai trouvé tout de même que l’histoire n’avançait pas assez vite. Des romans fleuves au débit trop lent. Mais la plupart du temps, on se laisse bercer.

Par exemple dans son 1Q84 (son dernier opus en deux volumes), l’héroïne, elle s’appelle Aomamé, descend un escalier extérieur et traverse la chaussée en presque 10 pages !

En route, elle croise une araignée et cela donne ce très beau passage :

« L’escalier semblait n’être pratiquement jamais utilisé, et des toiles d’araignée s’y déployaient un peu partout. Les bestioles noires restaient cramponnées là, attendant avec une patience exemplaire l’arrivée de petites proies. Mais une araignée n’est sans doute pas conscience d’être spécialement patiente. Un style de vie où elle n’a d’autre faculté que de filer sa toile et de rester immobile à attendre ne constitue pas un choix pour elle. Sa vie se passe dans l’attente perpétuelle d’une proie, jusqu’à ce que s’épuise sa longévité et qu’elle finisse par mourir, toute racornie. Les araignées ne connaissent ni hésitation, ni désespoir, ni regret. Ni doute métaphysique, ni conflit moral. C’est ce qu’on suppose. Mais moi, pensait Aoamamé, je ne suis pas comme ça. Je dois atteindre mon objectif, et c’est bien pourquoi, depuis la voie express, n°3, je descend seule cet invraisemblable escalier, quelque par du côté de Sangenjaya – même si je déchire mon collant à cette occasion. J’arrache au passage les toiles de ces pauvres araignées et j’observe l’arbre à caoutchouc poussiéreux sur son balcon stupide.

Je bouge. Donc je suis ».

Ça valait le coup de le descendre lentement, cet escalier… Non ?

Takashi Murakami, my lonesome cowboy, 1998

Attention, ne pas confondre…

A part cela, il ne faut pas confondre l’écrivain Haruki Murakami, avec l’autre Murakami:  l’artiste Takashi Murakami, star mondiale de l’art contemporain et figure de prou du style « superflat » (mixte de manga, dessins animés, vidéos et sculptures). Ci-contre,; admirez la sculpture My lone cowboy de Murakami qui fut épargnée au yeux horrifiés de certains, lors de l’exposition polémique des oeuvres de l’artiste au château de Versailles, en 2010.


Les femmes qui ne veulent pas d’enfant

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Le 10 décembre 2011 par Jean-François Dortier

Linda Lé, auteure de "L'enfant que je n'aurai pas"

« Toi l’enfant que je n’aurai pas, je me demande quels traits auraient été les tiens si je t’avais donné le jour ». Ainsi débute la lettre que Linda Lé, écrivaine française d’origine vietnamienne, écrit à l’enfant qu’elle n’a jamais voulu avoir. L’auteure s’est confiée sur son refus d’enfant, dans un petit livre écrit sous forme d’une lettre « A l’enfant que je n’aurai pas« (éd. Nil, 2011)

Pourquoi une femme refuse-t-elle d’avoir des enfants ? Son compagnon « S. », avait la « fibre paternelle » et l’a harcelé pendant les cinq ans de leur vie commune pour qu’elle lui fasse un enfant. Elle lui rétorquait des arguments philosophiques : « Dans un monde qui court au désastre, la procréation est un crime ». Parfois elle avançait la cause féministe, en citant Tolstoï «  La maternité n’est pas la plus haute vocation d’une femme ». Elle n’a donc jamais voulu céder à celui qui « voulait un enfant comme un gamin veut un jouet ».

Mais les arguments théoriques ne sauraient convaincre. Derrière la philosophie se cachent sans doute des raisons plus personnelles de ce refus d’enfant. Ces raisons sont à chercher dans son passé et les liens difficile avec sa mère. Cette femme froide, autoritaire que ses trois sœurs et elle appelaient « Big Mother », et qui les a élevé dans un climat puritain et élitiste. Ne pas avoir d’enfant, c’était sans doute pour elle, une façon de ne pas faire subir à sa progéniture ce qu’elle avait subit.

Mais la raison principale de son refus d’enfant est encore plus simple et fondamentale : Linda Lé n’en a jamais éprouvé l’envie. Voilà comment elle décrit le métier de mère : « Acheter de la layette, dénicher, un couffin et un landau dans une brocante, décorer de rubans le berceau rempli d’animaux en peluche, t’inscrire à la crèche, consulté un pédiatre sitôt que tu aurais le né bourgeonné, se faire une montagne de tes rhumes, ne pas fermer l’oeil de la nuit lorsque, perçant tes dents tu vagirais, soupirer de bien-être à chacun de tes « areu acteur, applaudir à chacun de tes gazouillis » Non, vraiment, merci : ce n’est pas pour elle. Un enfant, visiblement ça encombre et ça rend idiot.

Linda Lé a préféré se consacrer à sa seule passion : l’écriture. Sa bibliographie en témoigne : une vingtaine de titres à son actif. Son refus d’enfant ne serait rien d’autre qu’une « incapacité congénitale à me construire un univers régit par d’autre rite que l’écriture ». En somme, dit elle à son enfant absent : « il n’y avait pas de place pour toi dans la drôle d’existence que je menais ».

Linda Lé s’est-elle finalement sentie, plus libre, plus heureuse sans le fardeau d’une progéniture accrochée à ses jupes ? Pas vraiment. Son petit livre ne fait pas l’impasse sur ses failles intérieures, ses tentatives de suicide, son hospitalisation en hôpital psyhiatrique.

Linda Lé déclare que l’enfant qu’elle n’a pas eu lui en lui manque pas. Mais curieusement elle éprouve pourtant le besoin de lui écrire une lettre et de dialoguer avec lui… Comme si cet être chimérique lui était out de même nécessaire pour briser sa solitude et l’aider à écrire.

Les derniers mots de son livre sont une forme d’aveu indirect. S’adressant à son enfant imaginaire, l’auteure conclue : « Tu me régénères, tu m’es plus proche que jamais, toi l’enfant que je n’aurai pas. Ces lignes sont une offrande, tu vogues sur un esquif en papier, mais pour moi tu n’es pas une fantasmagorie, tu existes,tu es doué de vie ». Beaucoup de femmes font aussi des enfants pour ne pas être seules. Et en cas d’absence, elle s’en inventent en pensée.

Un enfant? Non merci !

On demandait récemment à Amélie Nothomb, la prolifique romancière si elle n’avait jamais eu envie d’être enceinte. Sa réponse fut sans ambiguïté : « je suis toujours enceinte d’un livre. Il faut être à la hauteur du bébé. (…) Mais je n’ai jamais voulu d’enfant, ce n’est pas ma nature ».

De 4 à 5 % des femmes ne souhaitent pas avoir d’enfant. Elles ne sont ni stériles, ni forcément traumatisées par une enfance malheureuse. Simplement elle n’éprouvent pas de « désir d’enfant » et refusent d’en avoir. Les psychologues appellent cela « l’infertilité volontaire ». Malgré la pression sociale et familiale, elles ne cèdent pas. Elles sont mêmes de plus en plus nombreuses a assumer ouvertement ce statut. C’est le cas de Corinne Maier, spécialiste de la provocation qui a titré son dernier essai « No Kid : 40 raisons pour ne pas avoir d’enfants ». (2007)


Attendre un enfant

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Le 2 décembre 2011 par Jean-François Dortier

Je me souviens exactement de ce que je faisais il y a trente ans à cette heure précise. C’était le 2 décembre 1981, j’étais alors un jeune homme de 25 ans, encore étudiant et en poste comme surveillant dans un lycée. J’étais marié depuis quelques mois. Et ma jeune femme avait à ce moment un ventre rond. Vraiment très rond.

Elle attendait un bébé. La grossesse était arrivée presque à son terme. Et chaque jour, nous espérions que ce serait LE jour. « Je veux mon bébé ! », « je veux mon bébé », chantonnait MC qui n’en pouvait plus d’attendre. « On veut le bébé », « on veut le bébé », on reprenait tous les deux en choeur.

Le week-end précédent, nous avions sillonné les routes chaoteuses dans ma vieille Renault 4L verte, dans l’espoir d’accélérer un peu le processus et déclencher l’accouchement. Mais rien n’y fit.

Puis le lundi matin est arrivé. Au moment de partir au travail, il n’y avait toujours aucun signe. J’ai donc dû me résoudre à prendre la voiture pour partir au travail à 40 kilomètres de là. Comme je surveillais l’internat trois nuits de suite, je ne pouvais pas revenir avant le  milieu de semaine. Sur la route, j’ai pensé à elle. Je priais (façon de parler) pour qu’elle n’accouche pas loin de moi.

Arrivé au lycée, j’ai eu à peine eu le temps de rentrer dans le bâtiment, que le surveillant général m’a fait demander dans son bureau. « Votre femme vient d’appeler, elle a été transportée à la maternité. Il faut que vous la rappeliez ». Mon sang n’a fait qu’un tour.  Mon cœur s’est mis à battre très vite. J’ai senti les larmes monter aux yeux. Le brave homme a vu mon émotion. Il m’a souri et m’a dit : « Allez-y bien sûr, je vais m’arranger pour vous remplacer ». J’ai eu envie de l’embrasser (l’embrasser? un surveillant général, chauve et en costume, ça va pas non? Une bonne poignée de main suffira). J’ai sauté dans la voiture et fait demi tour pour rentrer à la maison. La maternité ? C’est où déjà? Du calme, JF, du calme…

Quelques heures plus tard, Romain était né.

J’étais papa ! Mc était maman. Et nous avions le plus beau des bébés.

Pourquoi faire des enfants ?

Quelque mois auparavant, j’étais persuadé de ne jamais avoir d’enfant. Avec des arguments philosophiques du genre : « Comment peut-on vouloir avoir des enfants dans cette société ? On fait des enfants pour soi. Pas pour eux. C’est égoïste ».

« Faire des enfants, c’est égoïste ! C’est l’argument type du sale égoïste, qui fait le philosophe, se prend pour un grand esprit – lucide, implacable et tragique – mais veut surtout ne pas se laisser emmerder par des bambins. J’étais comme ça.

Puis un soir MC m’a dit d’un ton assez solennel » Viens, il faut que je te parle ». Elle m’a pris par la main, m’a entraîné sur le canapé orange de notre petit salon. Elle s’est assise à côté de moi et m’a regardé droit dans les yeux.

« JF, mon amour. Tu me dis que tu ne veux pas d’enfant (on avait eu la conversation la semaine avant). J’ai bien réfléchi. Tu es l’amour de ma vie. Je n’ai jamais aimé un garçon comme toi. Je n’en rencontrerai sans doute jamais d’autre, mais je ne peux pas imaginer ne pas avoir d’enfant. C’est trop important pour moi. Et s’il faut choisir entre les deux…

Et des sanglots dans la voix, elle a ajouté : « Si tu ne veux pas d’enfant, alors on va se quitter. »

Dix minutes plus tard j’avais craqué. Mes théories philosophiques avaient volé en éclats. Mes dernières cartouches (« mais je suis encore étudiant et surveillant, je n’ai pas encore de vrai métier ») ont été expédiées en trois secondes. « Mais moi, j’ai un emploi (elle était infirmière), je peux très bien nous faire vivre tous les trois ».

Tous les trois ! Elle avait dit « tous les trois ». Elle, moi et LUI ! Il était déjà là. Le simple énoncé de ce mot lui avait déjà donné vie. C’était « performatif » comme disent les théoriciens : le mot suffit à créer la réalité. Elle avait dit « tous les trois ». Et elle avait donné naissance à un être. Il était encore virtuel. Mais il nous manquait déjà.

La scène se passait au début de l’année 1981… En décembre, j’étais papa.

Je me demande parfois pourquoi les hommes veulent des enfants. Y a il un « instinct paternel »? Les hommes sont-ils tous de la même manière attiré par le désir d’enfant ? Pour certains en tout cas, les motifs de la paternité tient en trois mots : « Gardes la fille ! »

Je voulais surtout garder la femme…

Quelques temps plus tard, Romain et né. C’était il y a trente ans. Tout juste.

J’ai gardé la fille. On a eu le bébé. Et aujourd’hui, c’est son anniversaire. On a les deux plus beaux enfants du monde (même si Monique Dagnaud m’a dit la même chose, l’autre jour, à propos des siens). Et il n’y a pas de père plus heureux que moi.


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