• (7) L’individu au temps des pharaons

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Le 20 octobre 2010 par Jean-François Dortier

Le week-end dernier, j’étais en service commandé à Blois, où j’ai couvert les Entretiens de l’histoire pour Sciences Humaines. Une occasion rêvée pour interroger des historiens (ils grouillent de partout) sur la façon dont il peuvent repérer des traces d’individus ordinaires à l’époque de l’Antiquité ou du Moyen âge. Samedi soir, a eu lieu le « dîner des historiens » au château de Blois. Des dizaines d’historiens étaient regroupés dans deux magnifiques salles du château, sur les lieux même où le duc de Guize, s’est fait embroché par une poignée assassins, en 1588.

Nous étions sept à table. Il y avait Pascal Dibie, mon ami ethnologue (on s’était croisé au stand de Sciences Humaines l’après midi, et donné rendez vous pour le soir même) ; il est venu avec Christine sa compagne (journaliste à France 3), un autre couple était là. Serge et Erline. Lui est un des représentants de la Casden, partenaire des Entretiens. Sa femme est une ancienne infirmière devenue maîtresse de maternelle, exactement le même parcours que Mc venue à Blois avec moi.

Le hasard a voulu que  viennent se joindre à nous,  Aude Gros de Beler, égyptologue et éditrice chez Actes Sud (où elle dirige l’une des collections d’histoire). C’est aussi une conteuse hors pair.

Je l’ai donc l’interrogé à propos des quidams ordinaires de Egypte antique. Qui furent ces gens qui ont bâti les pyramides, cultivé la terre, embaumé les momies, fait du commerce, péché au bord du Nil, creusé les tombeaux, peint les parois ? Que sait-on sur eux ?  Peut-on retrouver des témoignages de personnages singuliers, avec leur noms, leur vie, leur histoire ?

Aussitôt ma question posée, elle se lance.

« Oui, on peut connaître la vie quotidienne des artisans, agriculteurs, des ouvriers qui travaillaient à la construction des tombes royales. On la connaît par les fresques peintes qui décrivent le travail des poteries ou des paysans. Mais on aussi retrouvé la trace de personnages singuliers, avec leur nom, leur personnalité et plein de petites histoires les concernant. Une source exceptionnelle se trouve dans le bled de Deir el Medineh, un petit village de la Vallée des Rois où vivaient les gens qui amnénageaient les tombes royales. On connaît beaucoup de choses sur leur vie grâce aux papyrus et aux ostraca. »

– Les ostraca ?

« Les astraca, c’est un peu les post-it de l’Antiquité. Comme aujourd’hui les listes de courses, les notes de services, les consignes, etc.  Les ostracas sont des tessons de poterie ou des galets sur lesquels les égyptiens notaient par exemple une commande de matériel, mais aussi des brouillons de lettres car le papyrus était monopole d’Etat et ne fallait pas le gâcher. On a retrouvé des milliers d’ostraca au fond d’un puit désaffecté qui servait de poubelle. Et ils ont révélé tout un pan de la vie ordinaire des égyptiens. »

Paneb l’enfoiré.

Aude poursuit : « C’est ainsi qu’on connaît l’histoire d’un certain Paneb, qui a été à son époque le chef des ouvriers de Deir el Medineh. Ce type était un enfoiré (Aude parle comme cela). Paneb a été accusé de viol, de prévarication (il détournait les matériaux pour sa fortune personnelle), il cognait ses ouvriers. Il s’est rendu coupable de plusieurs forfaits mais réussissait toujours à s’en tirer car il était copain avec le chef scrible qui le blanchissait à chaque fois. Jusqu’au jour, où il a tout de même été condamné et a été viré du chantier. »

Aude possède l’art de faire revivre tout ce petit monde disparu, comme si elle avait vécu parmi eux. Elle connaît parfaitement son sujet. Mieux : elle redonne  vie à des égyptiens d’il y a 3000 ans, comme s’il était là, autour de nous. A force de les étudier, Aude a réussi à faire revivre ces gens.Parmi eux, il y des « types glauques » ou « véreux », un potier bosseur et consciencieux, tel autre est très jaloux et se rumine les sang en pensant sa femme restée au village…

Aude aime « ses » égyptiens du temps des Pharaons. « Ils ont un côté “fun“, dit-elle  qu’on ne trouverait pas en Mésopotamie ». Ses égyptiens, elle les imagine un peu roublards, fanfarons, chaleureux. Bordéliques aussi. Mais au fond très attachants. En rien, il ne ressemblent aux petits personnages figés tels qu’ils apparaissent sur les fresques murales : raides, droits et immobiles. Non, les égyptiens d’Aude sont bien vivants et humains. Ce sont des individus à part entière, avec chacun leur personnalité, leurs désirs et ses projets, leurs gaucheries et leur petite lâcheté. Leur sens de l’humour aussi.

Aude ne nous pas cité ses propre livres. Modestie ?  Elle nous a indiqué qu’on pouvait trouver plein d’information dans le livre de Pascal Vernus Affaire et scandales au temps des Ramsès, (je note : il faudra que je le commande).

Ce n’est que le lendemain en cherchant sur internet, que j’ai découvert qu’elle avait elle-même écrit de nombreux livres sur le sujet.

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