Le cerveau et la pensée : comment ça marche ?

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Le 6 mai 2011 par Jean-François Dortier

Le cerveau et la pensée, le nouvel âge des sciences cognitives vient de reparaître.

J’ai publié ce volume pour la première fois en 1999, 12 ans déjà ! Puis il y a eu une réédition en 2003. Depuis, le livre s’est épuisé et il  s’est passé beaucoup de choses dans le domaine fertile des sciences cognitives. Je l’ai totalement donc profondément remanié, refondu, actualisé, avec le concours des « meilleurs spécialistes » comme on dit (et en l’occurrence :  c’est vrai).

Dans cette nouvelle édition (la troisième) vous trouverez tout d’abord des réponses simples à quelques questions de base : qu’est ce que la cognition ? et les sciences cognitives ? La mémoire, l’intelligence, l’imagination, la conscience, les croyances collectives, etc.:  Comment ça marche? Ou plutôt qu’est ce que l’on croit savoir?

En introduction, un premier survol – comme en hélicoptère – permet d‘appréhender en quelques pages cet immense continent scientifique.On débute par un exposé plus détaillé consacré aux disciplines phares : psychologie, neurosciences, intelligence artificielle, linguistique, et bien d’autres encore (car il existe aussi une éthologie cognitive et même les sciences politiques ont été contaminée par le « tournant cognitif ».  Suit un tour d’horizon plus précis sur l’histoire de ce projet scientifique grandiose (percer les secrets de l’esprit humain)  qui a déjà 50 ans déjà. Le paradigme initial des sciences cognitives était fondé sur une métaphore aussi prometteuse qu’effrayante : le cerveau fonctionne comme  un ordinateur  et la pensée comme un programme informatique. En penser, au final, c’est calculer. En somme, cela veut dire que nous sommes tous des robots fait avec de la viande et du sang ! Gloups…

Mais ce modèle explicatif a connu des ratés, des obstacles et des impasses. De fait, d’autres modèles sont apparus, tous destinés à décrire le fonctionnement de l’esprit). Chacun pourra se faire son idée ou piocher dans les cinq principaux modèles (éxposé pour la première fois de façon synthétique) pour en construire sa propre théorie.

Après ce premier tour d’horizon, visitez donc la partie suivante consacrée à chaque discipline. En compagnie de Jérôme Bruner,  l’un des pionniers de la psychologie cognitive (un très vieux et très grand chercheur que j’ai rencontré il y a quelques années à New York) vous pourrez comprendre comment on fonde une nouvelle science et … comment votre projet initial peut être complètement détourné contre votre gré. Jérôme Bruner voulait fonder une « psychologie culturelle » pour comprendre ce qui se passait dans la tête d’un poète en train de créer ou d’un croyant en train de prier, il a donné naissance à son corps défendant à une psychologie de laboratoire, qui décrit l’esprit humain comme un programme de machine à laver…

Dans les méandres de l’esprit

Dans la partie « neuroscience » : Hugo Lagercrantz, un scientifique suédois propose une description vertigineuse de la  façon dont se fabrique un cerveau de la naissance à l’adolescence,  comme une plante qui se déploie sous l’influence combinée des gènes et semences culturelles.Vous pourrez aussi découvrir où en est le grand projet de recréer une intelligence artificielle, des robots et des machines pensantes, prothèses cognitives et autre cyborg. Déjà ces êtres artificiels ont commencé leur l’hybridation et symbiose avec l’intelligence humaine… Les amateurs de philosophie pourront voir comment l’émergence des sciences cognitives a relancer les vieilles questions sur l’âme et le corps, la nature de l’esprit.

Découvrons maintenant dans la seconde partie. Nous avons quitté le terrain des disciplines, pour entre alors dans le vif du sujet. Je ne dis pas cela pour me vanter, (comme disait ma maman pour parler de son fameux cake au raisin), mais ne connais pas de livre qui offre un aperçu aussi large sur tous les domaines de la cognition :

Comment l’esprit s’y prend –il pour découper le monde (en plantes, animaux, humains, couleur, formes, types et prototypes ?), comment on perçoit le monde qui nous entoure ? Et comment les animaux le voient-ils ? Mon ami Georges Chapouthier présente son modèle de la mémoire en mosaïque. Un chapitre est consacré aux nouveaux modèles de l’intelligence de l’enfant, un autre à la façon dont pensent les oiseaux.

Les émotions sont devenues un des grands domaines de recherche des sciences cognitives. Antonio Damasio, explique ici qu’elles forment les racines premières de la conscience de soi. Le conscience justement : elle fait l’objet aussi d’une partie spécifique. Stanislas Dahene, professeur au collège de France nous explique comment on peut l’étudier en laboratoire. Un autre chapitre est consacré à l’inconscient cognitif, un autre domaine fertile des sciences cognitives.

Au fil de la lecture vous trouverez également  d’excellent article sur le langage : comment on l’acquiert, comment circulent les mots et les images mentales dans le cerveau. Vous pourrez assister à un débat virulent entre spécialistes à propos du cerveau social (la pensée est-elle dans le cerveau individuel ou dans la société ?) Et page 411, vous aurez la réponse à la devinette suivante : qu’elle est le point commun entre une grenouille, Jésus-Christ et un hamburger ? La réponse se trouve en introduction d’un chapitre sur la nature des représentations mentales

L’être humain n’étant pas un île, la pensée ne se produit pas toute seule dans notre bocal personnel. Chaque cerveau  communique avec d’autre cerveaux, subit des influences, se confronte à d’autres pensées et s’imbibe des représentations collectives (mythes, stéréotypes, croyances de toute sorte) : voilà un autre pôle de recherche très fertile des sciences cognitives auquel est consacré un chapitre de ce livre, décidément très copieux.

Voilà donc tout ce que vous pouvez trouver (et d’autres choses encore) dans ce volume. Tout cela est accompagné d’un petit dictionnaire d’une certaine de termes techniques bien utile pour s’initier au jargon des experts et comprendre leur langue.

J’ai oublié de parler de l’imagination, de du raisonnement, de la décision et des arcanes de la volonté. C’est dedans aussi.  Tout ça pour seulement 25 euros ! Je sais, à ce prix là : c’est donné.

Le cerveau et la pensée, le nouvel âge des sciences cognitives, dir.Jean François Dortier, éditions Sciences Humaines, 2011.

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4 commentaires »

  1. Sébastien C. dit :

    Quelle coïncidence ! Je suis justement en pleine lecture de ce livre dont vous assurez la direction. Les thèmes du cerveau, de la pensée, de la conscience, du langage, etc., m’ont toujours fasciné et j’ai jusqu’à ce jour retardé l’achat du « Cerveau et de la pensée » dans l’attente d’une nouvelle édition plus récente. C’est fait !

    Le livre est très accessible et toujours aussi clair (c’est une constante chez Sciences Humaines), se montrant passionnant et rigoureux (le « chapitre » sur la conscience pré-réfléchie est remarquable).

    Je vous ferais un bref compte-rendu une fois le livre entièrement lu.

    Bien cordialement.

  2. Michel THYS dit :

    Sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs, il me semble légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) par l’apport des neurosciences. Entendons-nous bien : les neurosciences ne prétendent évidemment pas démontrer l’inexistence de « Dieu » (par définition, aucune inexistence n’est démontrable).
    Mais par leurs implications philosophiques, elles sont susceptibles d’inciter certains à conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire. La peur de la mort est commune à tous les êtres vivants pourvus d’un système nerveux, mais seul l’animal humain est susceptible de la compenser en aspirant à «l’immortalité de l’âme ». En effet, c’est sans doute en raison de la faiblesse corporelle des hominidés d’il y a 10 ou 20.000 ans que la sélection naturelle a rendu leur néocortex préfrontal capable, par l’acquisition du langage, d’imaginer un nouveau mécanisme de défense, au-delà de l’animisme et du chamanisme : le recours à des dieux protecteurs, et anthropomorphes dont ils tentaient d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices.
    De nos jours et sous nos latitudes, même si la religiosité décline du fait de l’aspiration croissante à l’autonomie, et parce qu’aucun dieu ne s’est jamais manifesté concrètement, les croyants monothéistes restent en quête d’apaisement, de sérénité, de certitudes, d’espérance en un au-delà, et donc de repères, de vérités révélées, d’absolu, de sacré, de spiritualité, de transcendance, d’une relation personnelle avec « Dieu » au sein d’une communauté conviviale, etc.
    Comment expliquer cette fréquente persistance de la sensibilité religieuse et, à des degrés divers, l’anesthésie de l’esprit critique de certains croyants, dès qu’il est question de religion ?
    A mes yeux, la foi ne résulte pas d’un choix vraiment libre. Et pour cause : actuellement, « la liberté constitutionnelle de conscience et de religion» me paraît plus théorique et symbolique qu’effective, parce que l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers.
    Elle l’est d’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce (le tout jeune enfant est déjà naturellement animiste), éducation forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents (influence légitime mais unilatérale et communautariste).
    Elle l’est ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant occultant toute alternative humaniste non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.
    Après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (avec la notion de «dominant/dominé»), Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu).
    Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté (son successeur actuel Vassilis SAROGLOU le confirme) qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l’âge adulte en dépend (et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique, fût-il «authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre » (VERGOTE) …).
    Les neurosciences tendent, me semble-t-il, à confirmer l’imprégnation neuronale de la sensibilité et du sentiment religieux : des neurophysiologistes ont constaté que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, mais que les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc, par exemple, les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces traces neuronales sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses.
    Les observations par IRM fonctionnelle suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi. André COMTE-SPONVILLE ne se dit-il pas « athée fidèle » à sa croyance enfantine ?
    Ce qui expliquerait a fortiori la fréquente imperméabilité de certains croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf. le pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ». Donc aussi « Dieu …
    Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Henri LABORIT l’avait bien compris :
    « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ».
    (« Eloge de la Fuite », page 59, et dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais), ou encore : « Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ».
    Dans cette optique, les conversions religieuses deviennent compréhensibles. Même si l’on ne peut pas actuellement expliquer le processus biochimique précis qui enclenche le “switch », l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers la croyance, il se produit un bouleversement des neurotransmetteurs, un peu comme dans le cas du coup de foudre amoureux. Je m’explique comme suit, par exemple, la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris. Tout se passe comme si, malgré sa brillante intelligence, l’environnement sensoriel (grandes orgues, odeur d’encens, décorum, …- avait provoqué un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit se son cerveau émotionnel. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant lorsqu’on sait que les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des localisations voisines, ce qui facilite les interactions..
    Les exemples de ce « hapax existentiel » (Michel ONFRAY) sont nombreux, dans d’autres circonstances : par exemple la conversion du docteur Alexis CARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT perdu sous le firmament glacial du Sahara, etc.
    Pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait donc, selon moi, s’orienter vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte à la fois sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc.
    Dans une ou deux générations, peut-être … ?
    Michel THYS à Waterloo
    michel.thys357@gmail.com
    http://michel.thys.over-blog.org
    Références bibliographiques :
    – Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966, ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.
    – Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D
    Religion et développement humain »,. 2001.
    – Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.
    – Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007.
    – V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.
    – Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994
    – Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».
    – Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.
    – Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »
    – Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »
    – Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain
    by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.
    – Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.
    – Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.
    – John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.
    – Francis CRICK « Une vie à découvrir »
    – Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». Etc.

  3. Je viens de vous lire et ça m’intéresse merci

  4. + dit :

    je m’en fiche.+

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