Comment devenir un tueur ?

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Le 26 février 2015 par Jean-François Dortier

Vu hier American Snipper dans un petit cinéma à Marseille, au rond point du Prado. Clint Eastwood a réussi un grand film en montrant comment un homme peut tuer en toute bonne conscience plus de 220 personnes. Chris Kykle, le soldat tireur d’élite, dont le film raconte l’histoire, tuait sans remord : il avait la certitude de servir une cause juste. Son père lui avait appris, encore enfant, qu’il y a trois types de personnes dans le monde : “les loups, les brebis et les chiens de berger”. Les loups ce sont les prédateurs: ils s’attaquent à la masse des braves gens (les brebis). Mais heureusement les “chiens de berger” sont là pour défendre les brebis. Chris Kyle a retenu la leçon. Il se sent de la race des chiens de berger : il protége les siens.

Protéger l’Amérique contre ses agresseurs. Après les attentats de 11 septembre, Georges Bush a fait croire à l’Amérique que l’Irak détenait des armes de destruction massive mettant l’Amérique en danger. Cette idée fumeuse a sans doute joué dans l’engagement de Chris Kyle dans les forces spéciales de l’armée (SEAL). Mais une fois au combat, dans les rues de Bagdad, ce ne sont plus des idées qui poussent à tuer. Perché sur un toit d’immeuble, le snipper tire à vue sur l’ennemi, pour se protéger et protéger ses compagnons d’armes.

Le film ne montre rien d’autre. Chris Kyle n’obéit pas à une machine aveugle qui entrainent les hommes dans des tueries, indépendant de leur volonté. Chris Kylene n’a pas fait qu’exécuter des ordres selon la théorie de la banalité du mal. Il est devenu tueur en deux temps.

Tout d’abord, il est engagé volontairement pour une guerre qu’il il croyait juste. En face de lui, les insurgés irakiens étaient également des volontaires, des moudjahidines qui combattent aussi pour leur juste cause : contre l’armée américaine qui occupent leur pays.

Puis, dans un second temps, le tireur d’élite se retrouve au combat. A ce stade, il n’est plus question de savoir si la guerre est juste ou injuste, si le jeu en vaut la chandelle: il faut tuer pour se défendre et pour défendre les siens.

Dans la grande tradition des films de guerre nationalistes américains, on ne nous montre jamais le point de vue de l’ennemi. Les irakiens (comme hier, les russes, les japonais), sont des personnages sans vie, sans histoire, sans consistance, sans personnalité propres. Ce sont des dangers, des cibles. Leur vie et donc leur morts ne comptent pas. Ils sont armés et ils vous menacent. Inutile d’invoquer un imaginaire de «  déshumanisation » pour justifier qu’il faille tuer ces gens. Ce ne sont d’ailleurs pas des gens: le  tueur ne voit pas des êtres humains: il voit un ennemi qui tient une arme en main et s’apprête à tirer. Chris Kyle ne semble éprouver de malaise que qand un enfant ou une femme est en ligne de mire. Quand il s’aperçoit que cet enfant tient une grenade en mains et cours vers des soldats américains, il n’hésite plus : il tire.

A la question de savoir “comment on peut devenir tueur ?” American snipper apporte une réponse simple : S’engager volontairement un combat pour défendre les siens, porter l’uniforme du héros, être armé puis sur le terrain, avoir en ligne de mire des hommes, parfois une femme ou enfant, qui vous menace et appuyer sur la gâchette.

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3 commentaires »

  1. jacques Van Rillaer dit :

    Un des plus grands problèmes de l’Homo sapiens est d’e^tre génétiquement prédisposé à lutter pour son groupe d’a

  2. jacques Van Rillaer dit :

    Un des plus grands problèmes de l’Homo sapiens est qu’il est génétiquement prédisposé à lutter pour protéger son groupe d’appartenance et à lutter contre les groupes rivaux. D’où les guerres nationalistes, les guerres de religion, les guerres idéologiques…

  3. Tonnelé dit :

    Il me semble que toutes les espèces vivantes disposent de cette propension à lutter pour se protéger, et si toutefois certaines ne l’avaient pas, il est probable qu’elles ne sont plus là pour valider ou invalider ce point de vue. Ce qui change, ce sont les moyens et les stratégies.

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