Et toi, après quoi tu cours ?

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Le 15 septembre 2016 par Jean-François Dortier

couvCher amis

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon livre Après quoi tu cours. Enquête sur la nature humaine. (éd. SH 2016)

La meilleure façon de la présenter est finalement d’en lire le prologue.

 » Le SDF, assis sur un banc, une bouteille de bière à la main, m’interpelle : « Tu cours après quoi ? ». Nous sommes samedi en fin de matinée, l’heure de ma séance de course. Tout en continuant à courir, je me contente de sourire à sa petite provocation. Lui se voit sans doute en homme libre, affranchi des lubies bizarres de tous ces citadins pressés et qui passent une partie de leurs loisirs à continuer à courir.

Mais sa question mérite d’être prise au sérieux: « Après quoi tu cours ? » Et la réponse est loin d’être évidente.

J’ai commencé à courir régulièrement il y a plus de vingt ans. Au début, l’objectif était de perdre du poids. À vrai dire, il s’agissait moins d’une question de santé que d’apparence : perdre ce ventre et retrouver ma silhouette de jeune homme. Le premier jour, je soufflais et souffrais au bout d’un petit kilomètre. Pourtant, dès la semaine suivante, je décidai de courir deux kilomètres sans m’arrêter. Ce défi personnel prenait l’allure d’une compétition contre moi-même.

Courir contre soi-même : qu’est-ce que cela cache ? Adolescent, je courais pour devenir champion. À chaque entraînement, la machine à rêve intérieure me transformait en héros, remportant des victoires imaginaires contre des concurrents invisibles. C’est pathétique et dérisoire, mais aujourd’hui encore, à la moindre côte un peu raide, je me vois arpenter les lacets d’une course mythique: le TMB (Tour du Mont-Blanc) ou la Diagonale des Fous, le fameux Grand Raid de l’île de la Réunion. Et le quinquagénaire bedonnant qui souffre sur le bord de la route continue à se projeter un film dont il est à fois l’auteur, l’acteur principal et le seul spectateur.

À quoi correspond donc cette épopée intérieure? Le philosophe y verra peut-être une volonté de dépassement de soi, propre à la condition humaine. Le sociologue y dépistera plutôt l’intériorisation d’une norme: celle d’une société tournée vers la quête de performance. Et pourquoi pas la « volonté de puissance » nietzschéenne ? Ou bien encore une pulsion érotique cachée et sublimée en pratique sportive, comme l’aurait pensé Freud ? Il est même une théorie en vogue qui veut que l’être humain soit « né pour courir » : la passion pour la course ne serait rien d’autre que la manifestation de l’instinct archaïque du chasseur-cueilleur qui est en nous.

Au bout de trois ans d’entraînement, j’ai voulu m’inscrire à un club car je sentais ma motivation défaillir en cas de pluie, de fatigue. Et quoi de mieux qu’un groupe pour vous soutenir dans l’effort et pour pallier la faiblesse de la volonté? Finalement, c’est le médecin qui devait remplir le certificat d’aptitude, mon ami Didier… qui devint mon compagnon de course. Une nouvelle motivation s’est alors ajoutée aux autres : l’amitié. Le plaisir de se retrouver, de parler, de rire tout en courant le long des petites routes de campagne. Cette complicité est faite d’esprit de camaraderie mêlé à de petites rivalités : « Le premier qui arrive en haut de la côte. Top départ ! »

Pourquoi court-on? La recherche du bien-être, le dépassement de soi, le goût de la compétition, l’effet de groupe, etc.: des causes multiples s’imbriquent entre elles. En moins de trois décennies, la course à pied est devenue un phénomène planétaire. Comme moi, des millions d’hommes, de femmes, des jeunes et de beaucoup plus vieux courent. À New York, à Berlin, à Osaka, les coureurs sont là : dans les squares, au bord des rivières. Pourquoi ?

Au retour de ma séance d’entraînement, en sueur, le souffle court et les jambes lourdes, je repasse là où j’avais croisé le SDF une heure plus tôt. Heureusement, il n’est plus là pour me narguer de son regard ironique. Cette fois, c’est moi qui m’interroge : « Mais tu cours après quoi ? »

Pour la suite, il suffit de le commander(ici ou à votre libraire) et de le recommander à vos amis, coureurs ou non.

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2 commentaires »

  1. Jacques Van Rillaer dit :

    Ce que j’apprécie particulièrement dans ces lignes, c’est la conception de l’interprétation des comportements.
    D’une part, il est sage de considérer les interprétations comme seulement des probabilités de sens ou d’explication.
    D’autre part, il est souvent hautement probable que nos comportements soient déterminés par une multiplicité d’incitants et de renforçateurs potentiels. Ajoutons que l’imitation n’est pas une explication suffisante, même si le comportement d’autrui sert de modèle ou d’incitant.
    Le sport est une excellente illustration de la multiplicité des renforcements, ceux-ci pouvant changer au cours de la pratique alors que la pratique se poursuit. On commence par exemple pour un motif rationnel (la silhouette), puis on éprouve d’autres renforcements « positifs » (contact social; plaisir sensoriel…) et « négatifs » (pendant un temps, ne plus penser au travail et autres soucis; réduire un état d’anxiété ou de dégressivité…).

  2. Jacques Van Rillaer dit :

    Ce que j’apprécie particulièrement dans ces lignes, c’est la conception de l’interprétation des comportements.
    D’une part, il est sage de considérer les interprétations comme seulement des probabilités de sens ou d’explication.
    D’autre part, il est souvent hautement probable que nos comportements soient déterminés par une multiplicité d’incitants et de renforçateurs potentiels. Ajoutons que l’imitation n’est pas une explication suffisante, même si le comportement d’autrui sert de modèle ou d’incitant.
    Le sport est une excellente illustration de la multiplicité des renforcements, ceux-ci pouvant changer au cours de la pratique alors que la pratique se poursuit. On commence par exemple pour un motif « rationnel » (la santé), puis on éprouve d’autres renforcements « positifs » (contact social; plaisir sensoriel…) et « négatifs » (pendant un temps, ne plus penser au travail et autres soucis; réduire un état d’anxiété ou de dépressivité…).

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