Ils n’en finissent pas de commencer à vivre…

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Le 5 octobre 2012 par Jean-François Dortier

C’est mon anniversaire aujourd’hui. Je suis né en 1956, donc j’ai… 56 ans.

C’est vieux non ?

Il y a pourtant un truc qui cloche:  pour première fois depuis des années, je me sens plus jeune que l’année d’avant ! C’est bizarre. Pourtant j’ai toute raison de m’affliger de la marche inexorable vers le déclin: déclin personnel, déclin de la presse (qui me fait vivre), déclin de mon pays, déclin de l’Occident. La mort est là. Elle nous tend les bras.

Pourtant, non vraiment : ça va bien. Est-ce parce que je viens de passer (par dessous) la barre des 100 kilos ? Je me sens léger comme une gazelle, j’ai les idées claires, le moral au plus haut. Je vais trop bien : il y a une truc qui cloche. Quelqu’un aurait-il mis du Lexomil dans mes repas?

J’ai 56 ans et plein de projets en tête. C’est grave docteur ?

Pour me ramener à la raison, je ressors cette citation de Sénèque,  glanée dans les Lettres à Lucilius.

« L’une des nombreuses erreurs des imbéciles : ils n’en finissent pas de commencer à vivre. Médite le sens de cette parle, Lucilius, toi le meilleur des hommes, et tu comprendras comme elle est répugnante cette inconstance des hommes qui chaque jour établissent leur vie sur de nouvelles bases et se lancent dans de nouvelles espérances, même sur leur lit de mort ».

L’imbécile dont parle Sénèque : c’est tout moi.

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8 commentaires »

  1. Klein dit :

    Cher Jean-François,

    Pour ce grand jour, j’aurais souhaité trouver la remarque spirituelle, l’anecdote caucasse et pertinente mais comme c’est un art auquel nous ne sommes pas tous initiés, je te souhaite très simplement, un excellent anniversaire, à l’eau de Jouvence.

    Affectueusement,

    Klein.

  2. Didier M dit :

    Le temps n’existe que pour celui qui imagine qu’il y a un commencement et une fin. Celui qui pense à la mort, et dit:  » la mort est là ». Mais écartons cette idée: la mort est là, certes, et alors? Si l’on considére que chaque jour est nouveau, porteur d’autres idées,d’autres rencontres, d’autres espoirs, d’autres rêves, Lucilius est un imbécile. Que l’amour de l’Autre, l’amour durable est plus fort que le temps qui passe, qu’il nous pousse sans cesse à chercher, à devenir meilleur, à imaginer…alors on a toujours 20 ans. Bon anniversaire Jean François.

  3. Pikkendorff dit :

    bien vrai et joliment dit

  4. Sophie dit :

    Bon anniversaire à vous,
    Je me trouve bien imbécile à mon tour selon Sénèque, car j’ai toujours le sentiment, à mon âge (6 ans de moins que vous), que j’ai tout l’avenir devant moi pour continuer à arpenter le champ des possibles… Stimulant, mais parfois un peu effrayant… se fatigue-t-on un jour de sa propre curiosité…
    Bien à vous

  5. Pierre C dit :

    Sénèque avait raison, on ne commence à vivre qu’une seule fois dans sa vie ;imaginer un (re)commencement n’a donc pas de sens.
    Mais toi JFD qui sait bien, comme Sénèque, qu’il convient de cesser d’espérer pour apprendre à vouloir, tu es donc tout sauf un imbécile ; simplement un (jeune!) homme plein de vie.

  6. Alain dit :

    Bonjour
    Je viens de lire votre article sur Eckart Tolle,et je suis surpris de votre interprétation.Il n’est aucunement question,dans aucun de ses ouvrages de prendre son temps.Oui il conseil de ne pas focaliser sur le passé ou le future,mais de vivre pleinement l’instant présent sans pour autant oublier le rendez-vous chez le dentiste,ou programmer ses prochaines vacances.Les objectifs sont important,mais ce qu’il préconise c’est de vivre intensément chaque pas qui mènent à ce but.Je vous conseille donc de le relire.Bien amicalement Alain Ferraris

  7. Palombier dit :

    La tyrannie du naturel
    Je ne résiste pas à transposer ce texte de J-F Dortier La tyrannie de la beauté
    en l’adaptant c’est à dire en le plagiant au naturel.

    On peut débattre sans fin du naturel en l’opposant au chimique comme si nous comparions le beau et le laid tout en prenant soin d’apprécier les nuances.
    La laideur, est indiscutable, Jean-Paul Sartre se rappelle du jour où, on lui a coupé sa chevelure au combien belle et naturelle. D’un seul coup sa nouvelle coiffure trop artificielle va révéler que l’enfant est laid et qu’il louche. Plus tard, Sartre saura compenser sa laideur et deviendra un véritable séducteur.
    N’en est-il pas ainsi de la relation entre le naturel et le chimique ?
    Toutes les molécules n’ont pas les mêmes vertus, mais sur celles qualifiées de chimiques pèse une malédiction. Car le chimique est un lourd handicap, sur le marché du bon comme sur le marché du beau.
    L’histoire récente réserve un sort piteux à tout ce qui est chimique. Dans la pensée occidentale, le chimique est associé au poison, à la mort aux tumeurs et aux cancers. Dans l’imaginaire populaire, le chimique est de nos jours associé à la méchanceté, à la cupidité, à la bêtise. Dans les contes, la sorcière vieille et méchante prépare ses potions magiques, chimiques ou chimériques à l’aide de molécules inconnues et dangereuses, capables de vous changer en crapaud.
    Le chimique est-il universel ?
    La question oppose deux camps. Ceux qui associent les plantes à la santé. Il suffit de voir comment l’on se soigne depuis des générations.
    Ceux qui tiennent compte des nuances et de la relativité des critères. Ils savent que le beau est relatif …. L’appréciation de la beauté varie bien selon les époques et les cultures.
    On peut aussi comparer deux potions pour choisir la plus saine. Plus ou moins naturelle plus ou moins dangereuse : arnica… arsenic… ?
    Il paraît que les plantes sont plus saines que le chimique. Préfère-t-on le datura au bleu de méthylène ? Le chimique est toxique, ne vieillit-il pas la peau ? tandis que le végétal la rend souple et attrayante. Les potions de nos grand-mères ont plus d’attraits que ces préparations des laboratoires modernes. Tout bien considéré, l’opposition entre chimique et naturel est très artificielle. Nos médicaments sont faits de substances plus ou moins chimiques plus ou moins naturelles… ? On peut aussi vous présenter des tumeurs exorbitantes pour vous dégouter du chimique.

    Le naturel c’est bien, le chimique c’est mal
    Le naturel, le bien, le beau, sont inégalitaires. Le lien  « bien-naturel »  s’ancre dans le langage, même quand les mots sont synonymes. On dit qu’une personne est « nature » pour vanter sa convivialité ; « artificielle » est synonyme de « douteux » ; comme s’il suffisait d’être naturel pour être paré de toutes les qualités. Les enquêtes de psychologie le confirment : le naturel est spontanément lié à l’intelligence, la pureté, la santé, en somme, « ce qui est naturel est bon »
    Le chimique est associé au mal, en correspondance avec les monstres, le diable, le pervers, le malade ; il est maléfique et entraîne crainte et répulsion.
    On peut se demander quel impact le naturel a dans la vie quotidienne. La sélection bien-mal ; beau-laid ; naturel-chimique s’initie dès la cour de récréation. De nombreux enfants souffrent en silence des persécutions faites à ceux qui ont le malheur d’être handicapés, trop petits, de loucher ou d’avoir les dents mal plantées.
    Les enseignants eux-mêmes préfèrent les beaux. Des tests prouvent qu’un physique ingrat équivaut à un préjudice de 8 points. À l’oral, le phénomène est encore plus marqué. Il en est de même du « chimique » dès qu’il se retrouve dans l’assiette. Un étal de pommes tachées n’inspire pas plus la confiance de l’acheteur qu’une vérité émanant d’une personne boutonneuse, aux dents mal plantées. La discrimination par la beauté qui existe à la cantine à l’école va se poursuivre au travail.

    A l’école, au travail, en amour, il vaut mieux être beau. Cela vaut aussi dans le sens inverse sur le jugement porté sur le chimique.
    Qu’ils soient chimiques ou naturels, nos avis sont pleins de contradictions. Le Botox, et tout ce que l’industrie de la beauté peut proposer, s’inspirent autant du chimique que du naturel ce qui compte, c’est de sauver les apparences.

    Le beau artistique est supérieur au beau naturel (Hegel).
    Le plaisir du beau est un plaisir pur (Kant)

  8. Jane dit :

    Mes connaissances sur Sénèque se concentrent sur le roman de Max Gallo (déclin de Rome) où il donne la parole à l’ami ou à l’esclave affranchi, dans une sorte de dialogue socratique lumineux : il y apparaît que ce philosophe resté dans l’ombre du tyran, s’est contenté de durer sans chercher à influencer le monstre que Racine met en scène. Par conséquent Sénèque prudent et trop réaliste en face des caractères et esprits humains, mais réservé et lâche devant les abus et horreurs du pouvoir personnel, ne saurait pour moi représenter un penseur crédible. Sa pensée qui confond les maladies cérébrales et les limites humaines avec l’âge et la mort ne tient pas la route. En effet, il n’a pas eu la dimension citoyenne engagée que souhaitait le témoin plein de scrupules qui est aussi narrateur et qui s’interroge en traçant la biographie de Néron (cause : empereur mégalomane et amoral ; conséquences : démence et ruine du pays). Un roman historique qui continue à éclairer bien des politiques dans le monde actuel. Conclusion : Bon anniversaire à un ami qui nous comprend et nous soutient dans nos résistances contre l’injustice et l’aveuglement contemporain. L’âge augmente la sagesse de ceux qui activent leurs neurones, qui croient que la durée d’une vie est donnée non pour jouir égoïstement du temps qui passe, en retrait du monde, mais pour être rentabilisée, riche d’expériences diverses à partager et précieuse pour soi et pour les autres, en synergie des générations. Quant au Cid qui s’extasie pour claironner sa valeur à un moment de son existence, dans des circonstances où l’honneur de sa famille surpasse la justice en faveur d’un homme d’expérience publiquement humilié et politiquement nié, il mérite sinon une « gifle » à son tour, du moins le qualificatif de « fanfaron », c’est-à-dire de « sot qui ne voit pas plus loin que ses tripes ou le bout de son nez» . Donc il nous faut relire nos « anciens » et nos « modèles », non pour les détourner ni les rejeter, mais pour réactualiser les débats de société qu’ils soulevaient avec tant de justesse, afin de mesurer le chemin parcouru par notre sensibilité collective ou de civilisation, afin de pouvoir orienter notre avenir commun par des choix courageux pertinents.

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