La Quatrième Question

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Le 3 octobre 2010 par Jean-François Dortier

La « Quatrième Question » a été posée par Kant à la fin de vie. Nous sommes en 1800. Kant à 76 ans. Il est au somment de sa gloire. Sa renommée couvre toute l’Europe savante : même Napoléon voudrait qu’on lui explique sa pensée. Mais depuis quelques mois déjà, l’homme n’est plus que l’ombre de lui même. Il est en train de perdre la raison. Atteint de démence sénile il mourra en 1804 complètement gâteux.[1]

La philosophie tout entière, avait-il écrit dans sa Logique, (1800) pouvait se ramener à quatre questions :

1.  Que puis-je connaître ?

2. Que dois-je faire ?

3. Que m’est-il permis d’espérer ?

4. Qu’est ce que l’homme ?

Sa gloire philosophique, Kant l’avait acquise de ses trois monuments que sont ses trois Critiques (Critique de la raison pure, Critique de la raison pratique, Critique de la faculté de juger).  Chacune porte sur l’une des trois premières questions de la philosophie. Mais depuis quelques années, il pense que ces trois questions peuvent se résumer à la quatrième : « Qu’est-ce que l’homme ? » Et cette question relève d’une nouvelle discipline : l’anthropologie. Cette anthropologie est entendue comme la science générale de l’homme. Son but :  comprendre la nature humaine.

Mais il est trop tard. Kant sent ses forces décliner. Son Anthropologie sera son dernier livre. Il est publié en 1798, l’année où il rédige son testament. Ce livre n’est  pas à la hauteur des autres. Ce n’est d’ailleurs plus une question de capacités personnelles.  Kant a compris que pour entreprendre un tel projet, il faudrait qu’existent de nouvelles sciences  : les sciences de l’homme, qui, a cette époque, n’ont pas encore vues le jour.


[1] Sur la fin de Kant voir : Les derniers jours d’Emmanuel Kant de Thomas de Quincey.

Pour une vision romancée, je conseille le roman de Daniel Keilmann Les Arpenteurs du monde. La vie croisée de Gauss et Humboldt. Où comment deux génies, entièrement dévoués à la connaissance – l’un est le prince des mathématiques, l’autre un explorateur d’exception et père de la géographie – se révèlent totalement inadaptés à la vie ordinaire, et se rendent invivable pour leur entourage. Il y a une scène marquante, ou le jeune Gauss, un génie des mathématiques, vient rencontrer Kant dans sa maison de Keonisberg. Il rêve de pouvoir parler d’égal à égal avec le grand homme, dont il le croit seul capable de comprendre ses théories. Mais arrivé chez Kant, il découvre un vieillard sourd et gâteux, enfoncé dans son fauteuil dans un pièce sombre. Kant a perdu la raison, mais Gauss n’en a pas tout de suite conscience. Il se lance dans un grande envolée théorique sur la notion d’espace et du temps. Kant répond en marmonnant entre ses lèvres. Gauss ne comprends  pas. Le domestique se penche alors vers le vieil homme et lui demande de répéter :

« Alors que dit-il, demande Gauss ? »

– Il dit qu’il veut une saucisse »


3 commentaires »

  1. Anne dit :

    Je viens de vous écouter sur Europe 1 et je vous apporte mon témoignage : au collège, je voulais être assistante sociale, puis éducatrice spécialisée mais le 1er métier était détestée par une amie péruvienne bien en peine et le second nécessitait des études payantes. Avant cela, je voulais être photographe (comme le rêve que mon père n’a pas atteint ?). J’ai poursuivi les études en ignorant quoi devenir, mais parce qu’il fallait poursuivre. J’ai appris à 40 ans que je n’avais pas été refusée au CAP de photo, tout simplement ma mère n’en avait pas fait la demande… J’ai fait psycho parce que j’étais trop nulle pour faire sciences ou langues (comme mes frères). En 4ème année, j’ai fait de front ma maitrise et passé le concours d’instit. Il faut savoir que ma mère voulait être instit’, mon père a aussi tenté de se reconvertir en prof en arrêtant la navigation, mon parrain était instit… et ma marraine était psychothérapeute. Je suis devenue psychologue ! A 42 ans, j’aide mes patients à être à l’écoute de leurs besoins et de ceux de leurs enfants. Une revanche ? Je rêve d’un stage de haut niveau en photo (et de devenir photographe renommée comme Doisneau ?)et je dis parfois que je finirais peut-être fleuriste… j’ai encore bien 25 ans de travail devant moi, pourquoi pas ?
    Merci à vous…

  2. Marie dit :

    Bonsoir, je vous ai aussi écouté sur Europe 1. Excellente émission au passage ! et j’ai eu envie de réagir.

    Je me replonge en enfance…
    Beaucoup d’envies, de rêves.
    J’ai chronologiquement eu envie d’être astronaute à 6 ans, hôtesse de l’air à 10 ans suite à un aller retour en avion sur un très long courrier,
    peintre vers 12 ans, je suivais des cours d’aquarelle, coiffeuse à 13 ans, je tombais d’admiration devant l’apprentie coiffeuse de mon oncle,
    psychologue entre 14 et 16 ans
    puis coiffeuse au moment de choisir une orientation après la 3ème…

    Mais j’avais surtout une certitude, je ne serai pas musicienne comme mes parents, grands-parents, oncle….

    Décembre 1993 ou 94, j’avais donc 11 ou 12 ans,devant les Miss France, je me suis exclamée :
    ” Un jour, je coifferai les Miss ”
    Et sans surprise, je l’ai fait.

    Pourtant, le choix de la coiffure n’a pas été mon premier choix.
    Une erreur de casting !

    Suite à un bouleversement familial j’ai choisi de m’émanciper et de travailler à 16 ans, impossible d’envisager de longues études, je voulais vite partir de chez moi.

    J’aurais adoré étudier la psychologie, “pour m’auto-analyser comme on me l’a dit”.
    Oui, je reconnais maintenant que ça m’aurait aidé au moment, je venais de perdre ma mère accidentellement…. pas facile de se construire.

    J’ai donc opté pour la coiffure et j’ai coiffé les Miss à 17 ans !!!
    Je me suis éclatée au moment, je me réalisais, puis je me suis lassée de l’ambiance coiffure, que je trouve superficielle.
    J’ai repris des études pour faire de la restauration dans un restaurant gastro étoilé, j’avais besoin d’évoluer dans un milieu assez mondain ( une enfance passée à Versailles, ça marque ! )

    A 23 ans, je suis devenue maman, et ai pris le congé parental pour m’occuper de mes enfants, mais j’ai vite déchanté. Pas de vie sociale, un statut non reconnu…
    J’ai repris la coiffure, tout en sachant que je changerai de boulot ! J’ai repris des études en parallèle car il me manquait le sésame français pour envisager quoi que ce soit, le BAC !!!

    Difficile à gérer, vie de famille, travail, cours du soir…

    J’ai rencontré mon conjoint, ingénieur commercial et j’ai découvert un métier ! Le terrain, la vente, la négociation,le service, l’autonomie…

    J’ai décroché un poste de commerciale terrain dans la coiffure, puis dans les éditions scolaires. Mon ras le bol de l’ambiance coiffure refaisait surface !
    Je suis toujours dans les éditions scolaires, responsable commerciale d’un très grand secteur.
    J’adore ce que je fais mais cela ne m’étonnerait pas si je changeais encore de métier.
    A 29 ans, trop de choses me passionnent, la littérature, les loisirs créatifs, la cuisine, la peinture, l’œnologie…

    Mon métier actuel ne sera pas le dernier, c’est certain, je cherche à lier mes compétences à mes passions.
    J’ai, nous avons, avec mon conjoint, un très beau projet pour tout cela, il ne nous manque plus que les moyens financiers pour créer un lieu de vie qui nous ressemble.

    En me relisant, plusieurs choses ressortent, la créativité, je suis une artiste, la culture, j’ai longtemps rejeté le milieu intellect, mais je m’y replonge maintenant. J’ai été très réac, je ne voulais pas ressembler à ma famille, j’ai cassé les codes et j’y reviens, avec parcimonie et ce grain de fantaisie qui me caractérise.

    Maman de deux enfants, 6 ans 1/2 et 4 ans 1/2, comme tous parents je voudrais le meilleur pour eux, bien sûr j’en sens un très matheux et me suis déjà dit qu’il serait médecin.
    L’autre très créative aussi, je l’imagine bien danseuse étoile à l’opéra !
    Je les ouvre à beaucoup de choses, nous leur apportons différents choses, la lecture, les expo, les sciences, la musique, le poney…. J’aimerais qu’ils choisissent eux même. Pour l’instant nous avons un futur magicien ( quand il ne veut pas devenir boulanger ( pour travailler à la boulangerie juste à côté de la maison pour continuer à nous voir tous les jours le futur tanguy !!! ))
    Et une autre, monitrice de poney !

    J’espère que mes rêves vous apporteront ! ( ah j’aurais adoré étudier les gens, comprendre les interactions sociales, les caractères, la sociologie….. bon allez j’arrête, ce sera toujours mon plus grand malheur, une vie trop courte pour tout ce que j’aimerais vivre ! alors je profite de tout )

    Marie

  3. […] un article du magasine Sciences Humaines paru en décembre 2012, Jean-François Dortier rappelle qu’une pensée imagée de nature abstraite peut parfaitement accompagner la […]

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