Au nom du père…

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Le 7 septembre 2012 par Jean-François Dortier

Qu’est ce qu’un père dans la tête de ses enfants ? On sait que pour Freud, l’image intériorisée du père représente la Loi, les interdits : « le surmoi ». Mais elle ne se réduit à à cela. Parfois le père prend le visage du héros inacessible, mais parfois l’image aimante d’un papa poule, parfois la figure méprisé d’un lâche ou d’un beauf ordinaire, parfois encore figure détestée d’un homme violent ou d’un alcoolique. Parfois encore l’image aussi mystérieuse d’un père absent.

Félicité Herzog est la fille du grand alpiniste Maurice Herzog : résistant de la première heure, alpiniste hors pair, premier vainqueur de l’Annapurna en 1950, ministre des sports sous de Gaulle, reste pour nombre de français une légende vivante. Pour Félicité et son frère, ce père fut destructeur. La jeune femme raconte dans son roman un héro (éd. Grasset, 2012) comment ce père à détruit la vie de son frère. Pour elle, Maurice Herzog fut un personnage maléfique:  derrière la légende vivante – l’homme fort, courageux, intelligent, séduisant, les enfants ont vu un père absent, menteur, séducteur, un égoïste froid, parfois violent, obsédé par le succès et sa propre légende.

Les yeux d’en haut

Je suis tombé récemment sur une autre image intérieure du père : celle décrite par Jerry Stahl dans son roman autobiographique : Mémoires des ténèbres (13E 2ditions). J Stahl est scénariste pour le cinéma et les séries télés. Il vit en Californie, fréquente les stars. Comme la plupart d’entre eux : il se drogue. Ce livre raconte sa descente au enfers, la face sombre d’Hollywood. « Durant les années quatre-vingt je me suis jeté dans une spirale narcotique qui m’a entraîné des magazines aux films pornos jusqu’au monde utlra-lucrtif de la télévision. » Côté pile : la réussite, l’argent, la célébrité  côté face une réalité plus sombre :  drogue, addiction, trahison, échecs relationnels. Sa vie part en débandade, sous l’oeil sévère de son père, qui est pourtant mort quand il était encore adolescent, mais qui reste gravé en lui.

Dans un passage, il parle de son père comme de la « Voix » qui lui parle ou encore les « yeux d’en haut » qui le regarde.

«Mon père avait accordé de l’importance aux choses. Il s’était battu. Il avait des principes, des buts. Il s’était hissé des mines de charbon jusqu’à la magistrature. Et ça pour quoi ?

Mon père. Mon père. Je ne pensais jamais à lui ; je ne faisais que ça. Surtout lorsque j’étais sur le point de prendre une décision, ou que je me trouvais à un carrefour quelconque. Son visage vaguement sinistre et toujours indéchiffrable flottait devant moi comme une pleine lune. Il ne m’a jamais donné le moindre conseil. Nous n’avons jamais eu de conversation intime. »

Plus loin, Jerry écrit :

« Dans les semaines et les mois qui ont suivi la mort de mon père quand j’avais seize ans, j’entendais sa voix et je sentais se poser sur moi son regard plein de tristesse tandis que je vivais ma vie sordide : je ne pouvais pas fumer un joint ou me masturber ou tricher à un contrôle de maths sans savoir que papa là-haut faisait une grimace déçue en me voyant. »

Puis jour Jerry Stahl va devenir père à son tour. Quelque semaines avant l’accouchement de sa femme, il entre dans un établissement pour une nième cure de désintoxication. Il se revoit marchant honteux dans les couloirs. Et il pense à cette petite fille qui va naître et qui lui demande « de sa voix pure et minuscule : Papa, pourquoi dois-tu te faire tant de mal ? Pourquoi tu me fais ça ? ».

« De la même manière, j’ai commencé à sentir que cette petite créature, ma fille, portait sur moi un regard critique : « Papa, pourquoi ? » entendais-je tandis que je me tenais affalé sur le rebord de la baignoire, le sang coulant sur les chaussures, et l’aiguille à la main ».


• Sur la figure du père : voir aussi : Comment accoucher de ses ses parents.

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3 commentaires »

  1. Juliette des Esprits dit :

    Bonjour,
    Le père, en tant que personne ou individu n’a qu’une importance toute relative dans la constitution du fils ou de la fille (Aïe,Aïe, Sigmund).
    Ce qui importe, c’est la coïncidence des caractères archaïques identitaires communs au père et à l’enfant, caractères archaïques « sélectionnés » à la naissance parmi les types caractériels archaïques qui caractérisent le groupe (même groupe identitaire dont sont issus le père et l’enfant).
    La qualité de la communication entre père et enfant dépend de la quantité des caractères archaïques qu’ils ont en commun.
    Quand, foncièrement, un père et son enfant s’ignorent, c’est le signe qu’ils ont hérité du groupe identitaire que peu de caractères communs.

  2. Didier M dit :

    Ah le pére! Le mien que j’ai cherché, que j’ai voulu séduire et que finalement je n’ai jamais rencontré pour décider finalement que j’allais m’en passer ( conclusion aprés x années d’analyse: grave erreur mon garçon). Maurice Herzog m’a toujours semblé être un salaud. Monsieur Angot (Cf Chrtistine)en était apparemment un. Le père de Jerry Stahl? Juste indifférent à son fils. Mais c’est quoi tous ces péres dont on ne parlait pas avant. Rien sur le pére de Mauriac, de Bernanos, de rené Char ou de Breton. Alors quoi, ils étaient parfaits avant? Et de fils ils faisaient des hommes, des vrais. Ma bonne dame, on n’sait plus quoi penser et je vais vous dire, ça fait aussi peur d’être pére que d’être fils.

  3. gabriel dit :

    les péres sont des enfants agés, donc … avec leurs blessures aussi.

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