épigénétique : Le stress et l’obésité en héritage

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Le 23 avril 2016 par Jean-François Dortier

obese-gros-morbide-1-main-10571460Quand un homme prend trop de poids, son obésité ne modifie pas que son tour de taille et son taux de sucre dans le sang. Son surpoids va jusqu’à modifier ses spermatozoïdes. Du coup, sa descendance va en être affectée.

Voilà un exemple d’« hérédité épigénétique » que viennent de découvrir des chercheurs de l’université de Copenhague (1). Depuis quelque temps, des preuves s’accumulent montrant qu’il pourrait bien y avoir une forme de « transmission du caractère acquis », pourtant répudiée par la théorie darwinienne.

En 1999, un article dans Nature rapportait que la linaire peloria (une plante déjà repérée par Linné au 18e siècle) s’est transformée non par mutation génétique mais suite à la transmission d’un caractère acquis (2). Un peu plus tard, on découvre que chez un petit ver (Caernorhabditis elagans), l’attirance pour une odeur, acquise au fil de l’expérience, est transmise sur plusieurs générations par des voies héréditaires (3). En 2014, une étude démontre que des souris sensibilisées par conditionnement à une odeur particulière peuvent transmettre cette sensibilité sur trois générations (4). En 2015, c’est chez le lièvre à raquettes que l’on a démontré qu’un stress subi par un individu pouvait se transmettre de façon héréditaire sur plusieurs générations (5). Si une mère lièvre est très stressée (par la présence de prédateurs), ses petits seront plus chétifs ainsi que leur propre descendance et ce jusqu’à six générations.

Dans l’espèce humaine, existe-t-il aussi qu’un individu ayant subi au cours de sa vie un stress puisse le transmettre à ses descendants par voie héréditaire ? Il semble que oui. En 2002, des chercheurs suédois (Lars Olov Bygren) et britannique (Marcus Pembrey) ont montré que les petits-enfants d’une génération d’un village suédois qui avait connu la famine dans les années 1940 présentaient une meilleure résistance à certaines maladies cardio-vasculaires. Comme si la résistance acquise face à la famine avait été transmise aux petits-enfants. L’étude menée sur le sperme des hommes obèses confirme donc l’existence d’une possible hérédité des caractères acquis. S’il reperd du poids, son sperme redevient comme avant.

(1) Ida Donkin et al., « Obesity and bariatric surgery drive epigenetic variation of spermatozoa in humans », Cell Metabolism, vol. XXIII, n° 2, février 2016.

(2) Eva Jablonka, « Biologie, le darwinisme évolue aussi », La Recherche, n° 396, avril 2006.

(3) Jean-Jacques Remy, « Stable inheritance of an acquired behavior in Caenorhabditis elegans », Current Biology, vol. XX, n° 20, octobre 2010.

(4) Étude menée par l’équipe d’isabelle Mansuy à l’École polytechnique fédérale de Zurich.

(5) Michael Sheriff et al., « Predator-induced maternal stress and population demography in snowshoe hares. The more severe the risk, the longer the generational effect », Journal of Zoology, vol. CCXCXVI, n° 4, août 2015.


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