L’univers est en nous

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Le 1 janvier 2011 par Jean-François Dortier

Ce curieux personnage nous provient d’Inde et du 19ème siècle. Il est amusant non ?

Il s’agit  d’une mélothésie (c’est-à-dire d’une mise en correspondance entre le corps humain et l’organisation de l’univers représenté par les étoiles du zodiaque). Sur son corps sont représentés le ciel, les étoiles, la terre, les montagnes, océans et toutes les parties de l’univers telles qu’on pensait les connaître.

Il était un symbole de l’influence de l’univers sur la destinée humaine. Quoi de mieux pour illustrer cette idée essentielle : l’univers entier est en nous.

L’univers est en nous. Cela signifie d’abord nous sommes composés de parcelles de l‘univers primordial. Tous les atomes d’hydrogène qui composent notre corps viennent du big bang originel qui a eu lieu il y a 13, 5 milliards d’années. Songez un instant à ceci :  les briques constitutives qui nous composent, vous et moi, ont été façonnées dans une soupe primitive de milliards de degrés à une époque où il n’y avait aucune étoile ni aucune galaxie  dans le ciel. D’ailleurs, il n’y avait même pas de ciel : l’univers n’était qu’un plasma (un gaz brûlant) en expansion. La séparation entre la terre (en fait entre des milliards de galaxies, d’étoiles et de planètes) et le ciel (c’est-à-dire l’espace froid et presque vide qui les sépare) remonte à beaucoup plus tard : 380 millions d’années précisément. Auparavant, nos atomes d’hydrogène ont été fabriqués en moins de trois minutes, lors du big bang initial. Et ils sont encore là aujourd’hui, 13, 5 milliard d’années, plus tard,  autour de nous et en nous.

Les étoiles sont en nous. Tous les autres atomes qui composent le corps humain : oxygène, carbone, calcium, magnésium, etc. proviennent du cœur des étoiles. Oui, du coeur des étoiles. Avant de s’assembler en molécules, puis en cellules, en organes  et en un corps complet, il fut un temps où vos atomes et les miens ont vécu dans le sein d’une étoile. C’est au centre des étoiles que se forment tous les atomes de l’univers (hormis l’hydrogène, qui comme on l’a vu, vient en droite ligne du big bang).  C’est dans cette fournaise que les atomes fusionnent entre eux. Pendant des milliards d’années les étoiles brillent en produisant des milliards d’atomes dans leur ventre brûlant. Puis un jour, l’étoile meurt. Les atomes qui la composent se dispersent alors dans l’espace. C’est eux qui  forment les éléments solides de l’univers : les métaux, les minéraux, l’eau, les êtres vivants, vous et moi. Tous sont fait à partir d’éléments venus du cœur d’une étoile. L’univers et les étoiles sont en nous.

L’océan est en nous. Notre corps est composé à 65 % d’eau. De l’eau qui vient des rivières, des lacs et des océans. Mais d’où vient cette eau ?Comment sont nés les océans ?

Encore de l’espace. Une météorite s’approche de la terre. Elle est constituée de glaces et de neige comme beaucoup de ses soeurs. Quand elle s’approche de la terre, chauffée au contact de l’atmosphère, sa glace et sa neige fondent et les molécules d’eau tombent sur la terre. Il y a de l’eau partout dans l’univers. Et toute l’eau de la terre vient de l’espace. Au fil du temps c’est une pluie de météorites glacées qui ont formé les océans et les mers.

L’histoire de la vie est en nous. La vie est née dans l’Océan. Et pendant trois milliards d’années elle  y est restée. Puis des premiers organismes (des bactéries, des plantes et puis des animaux) sont sortis des mers et ont colonisé la terre. La lignée des animaux terrestres date de 600 millions d’années environ. Nous autres, animaux terrestres, croyons avoir quitté notre océan primordial, il y a bien longtemps. C’est faux. Nous restons pour l’essentiel des animaux marins. A la seule différence près que nous transportons l’océan en nous. L’eau salée constitue, disais-je 65% de notre organisme. Mais comme une partie de cette eau s’évapore (1, 5 litre par jour), il nous faut reconstituer sans cesse nos réserves. Tous les jours, tous les humains, depuis toujours et pour toujours devront boire, boire et boire encore.

Voilà pourquoi, toutes les activités humaines se sont développées au bord de l’eau. Les anciens Homo (habilis, erectus, sapiens, etc.) vivaient aux bord des lacs et des rivières. Les premières grandes civilisations (au Moyen-Orient, en Chine, en Inde, en Afrique, en Amérique) ont pris leur essor dans les bassins des grands fleuves (car  il faut beaucoup d’eau pour l’agriculture et l’alimentation des villes). Au 21ème siècle nous croyons êtres émancipés de cette contrainte aquatique parce que nous avons construit des réseaux hydroliques très perfectionnés qui amènent l’eau jusqu’à nous. On ouvre un robinet : l’eau coule. C’est si facile qu’on en oublie notre dépendance. Pourtant, tout à l’heure vous devrez vous lever pour aller boire un café, un thé, un verre d’eau. Peut-être en avez un à portée de main. Nous devons boire en permanence pour survivre, pour alimenter notre petit océan intérieur. Au 21ème siècle, des guerres de l’eau menacent car les Etats privés d’eau devront s’en procurer ailleurs. A l’heure d’internet, des ordinateurs et des téléphones portables, nous restons d’abord tributaire de cet élément primordial pour survivre. La longue histoire du vivant, celle des animaux marins n’est pas derrière nous, elle est encore en nous. Les étoiles comme les océans sont encore en nous.

• Les plantes et les animaux sont en nous. Il faudrait parler aussi des plantes auxquelles nous devons tant. Pour recomposer notre organisme chaque jour, (car les cellules de notre corps se renouvellent sans cesse) il nous faut fabriquer de la matière organique. Or, un corps humain ne sait pas faire cela. Seules les plantes savent faire des molécules organiques (lipides, protides, glucide, etc.) à partir de matière inorganique. Les plantes sont dites « autotrophes”. Les animaux eux, sont hétérotophes : il ne savent pas fabriquer par eux-mêmes les briques du vivant et doivent les chercher chez les plantes ou chez d’autres animaux (qui, eux-mêmes se nourrissent de plantes).

Merci aux plantes de nous offrir  non seulement des beaux paysages, mais aussi de l’oxygène pour respirer et toute cette matière dont on a besoin pour (re)construire notre corps en permanence.

L’univers, les étoiles, les océans, les plantes et les animaux : tous sont l’intérieur de nous. En ce début d’année, songez à ceci : l’univers n’est pas autour de nous, il est en nous.

BONNE ANNEE.

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5 commentaires »

  1. simony gabriel dit :

    cher Monsieur Dortier
    Votre description des liens entre notre corps et l’ensemble de l”univers est absolument fascinante.
    Dans la pensée philosophique de la STIMMUNG (Disposition ,accord ) ,Heidegger développe l’idée qu’une tonalité d’ensmble rapproche le sujet et le monde environnant lequel n’est jamais tout à fait étranger.
    La liaison du corps et de l’univers est un ENTRE-DEUX qui s’instaure sans distance .

    un exemple poétique
    “tu as couru vers lui sous la pluie
    ruisselante ravie épanouie
    n’oublie pas cette pluie sage et heureuse…”

    Barbara Jacques Prévert

    Gabriel Simony

  2. philipp dit :

    si tout le monde pouvait en prendre conscience….parlons en, la vie est là, l’éternité est là, maintenant, prenons en conscience…merci encore.

  3. IDRI dit :

    En effet l’univers est en nous mais aussi autour de nous, la nature et a la fois merveilleuse intelligente et juste, mais parfois cruelle, cet univers ne cesse de vouloir s’étendre, de s’optimiser de se complexifier, cette vision nous montre un certain sens et volonté, moi je suis Déiste et j’appel Dieu Dame nature ou monsieur Univers.

  4. De Glas dit :

    Rebonjour très cher Monsieur Dortier ; je revois bien ici avec plaisir l’amorce d’une Big History mais comme la téléologie est considéré : dangereuse, je reste donc un marginal : un fou en somme. Tous les niveaux de l’évolution sont en nous mais la fusion transdisciplinaire apparaît bel et bien une lutte incessante de l’équilibre en mouvement. Que “diable ” comme la quiétude est fugace !

  5. De Glas dit :

    Tout compte fait et malgré tout, ne nous laissons pas désespérer par les aléas de l’existence. La prise de conscience de la connexion des différentes échelles de l’évolution naturelle et culturelle : est enrichissante, tant bien même elle est ardue et complexe pour l’esprit. Donc, que la Big History et ses conséquences nous élèvent.

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