Le rêve de la poupée fantôme

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Le 1 novembre 2010 par Jean-François Dortier

1585312294468a29a14fe86-resizedMc a fait un curieux rêve cette nuit. Le temps de la mort était venue. Elle allait être euthanasiée à sa demande. Une société spécialisée était chargée de s’occuper à la fois de l’euthanasie puis de l’incinération.  Un rite de départ était organisée. Avant d’en finir, la personne qui allait mourir pouvait fabriquer une petite poupée, qui allait la représenter après sa mort. Mc devait couper quelques mèches de ses cheveux et les coudre sur la tête de la poupée. Une fois terminée, il était temps de passer à la piqûre fatale. Mc était sereine, prête à partir. Mais a ce moment là, l’association « Que choisir » est intervenue pour s’interposer. (Merci Que choisir !)

Cela dit l’idée de la poupée fétiche qui représente un proche décédé est une belle idée, non? C’est mieux qu’une urne remplie de cendres.


L’étonnante libido de Bernard Stiegler

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Le 1 novembre 2010 par Jean-François Dortier

En lisant la petite brochure de Bernard Stiegler, L’avenir de la croissance, je tombe sur ce paragraphe extraordinaire « Beaucoup de gens s’imaginent que la libido, c’est la sexualité. Il est vrai que Freud s’est fait connaître en faisant scandale notamment avec ses Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) dans lesquels il soutient que le tout petit enfant a déjà un rapport sexuellement érotisé à sa maman, tout comme sa mère, d’ailleurs, a un rapport érotisé à son enfant.

(…)

S’il est vrai que Freud a dit cela, cela ne veut pas pourtant pas dire du tout que la libido soit essentiellement constitué par la sexualité. Si c’était le cas, si la libido coïncidait avec la sexualité, il y aurait de la libido déjà chez les fourmis, chez les asticots, chez les macaques, chez les cochons… Il n’y a cependant pas de libido chez ces animaux car la libido est ce qui permet de lier des pulsions (dont la pulsion sexuelle en quelque chose d’autre… et cette autre chose s’appelle l’investissement ».

Que d’énormités dans un seul paragraphe !

Passons d’abord sur le « Freud a dit… » (qui est censé donc être vrai) pour suivre le raisonnement en boucle « Si la libido coïncidait avec la sexualité, cela voudrait dire qu’il y a de la libido chez les animaux. Or, il n’y a pas de libido chez les animaux car la libido… ».

La conception que  B. Stiegler se fait des animaux vaut le détour, il y aurait de la libido chez les fourmis (B. Stiegler sait-il que l’immense majorité des fourmis sont infertiles et ne s’accouplent pas, hormis la reine et les mâles de la fourmilière), chez les « asticots » (B. Stiegler sait-il que les asticots sont les larves de la mouche, et par extension, les larves des autres insectes et sait-il seulement ce qu’est une larve ? Il voulait sans doute dire un ver…).

Un peu plus loin « Je m’appuie sur Sigmund Freud et Donald Winnicott…(encore une fois : puisque Freud l’a dit, cela doit être vrai !) pour dire que la libido est ce qui résulte de la transformation des pulsions, qui sont égoïstes, en processus d’investissement social qui est altruiste… »

La sexualité animale est égoïste et la libido altruiste ?  Mais alors M Stiegler, comment expliquer que vos « fourmis, macaques et cochons » soient justement des animaux sociaux ?


Le problème du castor (3) : intelligence ou instinct ?

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Le 31 octobre 2010 par Jean-François Dortier

Le dernier chapitre du livre de L. Morgan Le Castor américain et ses ouvrages, est  consacré à « la psychologie animale ». C’est le but ultime, et peut-être premier de sa réflexion. Est ce que le castor anticipe ou agit-il par instinct ? L. Morgan aborde la question avec beaucoup de méthode. Il commence d’abord par rappeler que « la croyance populaire a toujours devancer les métaphysiciens en ce qui concerne l’esprit dont serait doté ou non les animaux ». Autrement dit : ceux qui vivent au contact des animaux sont souvent plus avisés que les philosophes qui dissertent sur les animaux sans jamais les côtoyer. Puis il récuse l’opposition sommaire entre « instinct animal » et « conscience humaine ». C’est une opposition trop globale. Tout est affaire de degré :  « Reconnaître chez les êtres non doué de parle l’existence d’une pensée consciente de même nature que celle de l’homme, mais à un degré plus faible, serait-ce abaisser la dignité de l’homme ? » (p. 251). L. Morgan s’engage alors dans une discussion générale sur les aptitudes animales. Il constate que ceux ci, ayant un cerveau comme les humains, ont sans doute des capacités comparables, même à un degré inférieur. Nombres d’animaux doivent donc avoir des émotions, de la mémoire et  des formes de raisonnement élémentaires. « On dit qu’un chien, quand il cherche à retrouver son maître grâce à son flaire, prendra, arrivé à un embranchement, une première route; s’il n’y trouve pas l’odeur de son maître il fera demi-tour et s’engagera sur la deuxième route sans même flairer le sol. Il a déduit que son maître, à défaut du premier chemin, avait dû emprunter l’autre. » p. 258).

Vient alors le cas du Castor. Pour Morgan, il ne fait pas de doute qu’il possède des capacités de jugement et d’anticipation.

« Les ouvrages du castor illustrent de façon très intéressante son intelligence et sa capacité à raisonner. Abattre un arbre pour atteindre ses branches exige une série de considérations d’un caractère remarquable. Un castor qui voit un bouleau aux branches généreuses, éminemment désirable à ses yeux, doit se dire :“ Si je coupe cet arbre avec mes dents, il tombera, et alors ses branches assureront ma subsistance tout l’hiver“. Il doit cependant pense plus avant, vérifier si l’arbre est suffisamment proche de son étang, ou d’un canal y menant, afin de transporter ses branches coupées en tronçons jusqu’à la hutte. Ne pas envisager ces contingences l’exposerait à  travailler pour rien. ». Il s’agit bien là « d’une  série de raisonnement impossibles à distingue de ceux qui ont lieu dans l’esprit humain ».

Le tracer d’un canal qui mène de l’étang jusqu’au hauteur où se trouve le bois, suppose aussi, selon L. Morgan, des capacités d’analyse et  d’anticipation. Il faut choisir le bon trajet avant de commencer, évaluer la faisabilité, sinon l’animal construirait à l’aveugle des canaux sans savoir où il mène, tomberait sur des obstacles imprévus, devrait s’obstiner, ou recommencer, etc. ce qui n’est manifestement pas le cas. En conséquence « on ne peut s’empêche de penser que ces avantages ont été anticipés. »

L. Morgan plaide donc pour l’existence d’une véritable anticipation et raisonnement chez le castor.

Rencontre avec Darwin

En 1871, L. Morgan en voyage en Europe a rencontré Charles Darwin chez lui. Et les deux hommes n’ont pas manqué d’aborder la question du castor.[1], Comme Morgan, Darwin pense que les animaux sont d’intelligent et capable de raisonnement.  Lors de lors rencontre, Darwin justement en train de préparer son livre The Descent of man, son deuxième grand livre sur l’évolution. Toute la première partie est consacrée à établir la continuité entre les animaux et les humains. Et dans un passage Darwin ne manque pas d’évoquer le cas castor. Voilà, en substance, de qu’en dit Darwin.

– On a l’habitude d’opposer intelligence (humaine) et instinct (animal), alors qu’il y a continuité. Sur ce point Darwin est donc d’accord avec Morgan. Les humains, eux aussi possèdent des instincts ;  simplement ils en possèdent « un peu moins que n’en possèdent les animaux de la série qui lui est la plus proche ». (p. 151)

– Un peu plus loin, il ajoute cette remarque très intéressante. « Cuvier soutenait que l’instinct et l’intelligence sont en raison inverse ; (…) Mais Pouchet, dans un article intéressant a montré qu’aune raison inverse de ce genre n’existe. Les insectes qui possèdent les instincts les plus remarquables sont certainement les plus intelligents ». Instinct et intelligence ne sont donc pas opposés. Certains animaux bâtisseurs, sont donc poussés par instincts à construire (des nids ou des barrages), mais il leur faut aussi beaucoup d’intelligence pour mettre en œuvre leur construction.

Et Darwin prend justement l’exemple du castor en se référant au livre de Morgan. « parmi les mammifères l’animal le plus remarquable pour ses instincts, à savoir le castor, est hautement intelligent, ainsi que l’admettent tous ceux qui ont lu l’excellent travail de M. Morgan » (p. 151).

Cependant Darwin, revient un peu plus loin sur le sujet et émet une objection. Comment savoir ce qui relève de la part de l’intelligence et de l’instinct dans la construction ? Une façon de le savoir d’élever des petits animaux éloignés de leurs parents pour voir s’ils vont se mettre spontanément à la construction. De même, il serait intéressant de voir si, au fil du temps son travil de construction s’améliore, ce qui montrerait qu’il apprend au fil de l’expérience. Or, écrit Darwin : « un castor, pour construire sa digue ou son canal, (…) font tout à fait aussi bien, dès le premier essai, qu’avec l’âge et l’expérience ».

Darwin affirme donc, mais sans citer vraiment ses sources, que le castor travail en grande partie sous l’emprise de l’instinct.

Alors qui a raison : L. Morgan qui attribue tout à la pensée  ou Darwin qui suggère que l’instinct jour tout de même un grand rôle ? Depuis les chercheurs ont tranché.  Des expériences d’élevage de Castor en captivité ont montré qu’en dehors de tout besoin, le castor est invariablement poussé à bâtir des barrages.

« L’instinct pour construire un barrage est si fort qu’un castor domestique, vivant ans une famille humaine, construira un barrage a travers la pièce avec des vêtements, des chaussures, des livres et tout ce qu’il pourra trouver. » (réf.)

Un autre argument est invoqué pour soutenir que le Castor agit par instinct. Si on fait étendre à l’animal un enregistrement d’eau courante, le castor va s’empresser d’aller colmater son barrage, même s’il n’est pas endommagé. Il ne ferait donc que réagir à un stimulus. Mais cet argument ne me convainc pas vraiment. Si on fait retentir une sirène incendie dans un immeuble, les gens vont se précipiter vers la sortie, même si ‘il n’y a pas de feu. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le castor ?

Conclusions provisoires

Le temps de conclusion est venu. Nous sommes partis d’une question. Certains animaux comme le castor qui semble agir en fonction une but lointain, le font-il par instinct pour par anticipation ? L. Morgan penchait pour la capacité l’anticipation. Darwin est plus circonspect (même s’il est tout à fait prêt à admettre que de telles capacités puisse exister. Les expériences récentes (réf. Wilson) pencheraient plutôt en faveur l’instinct. Tout cela va est de nature à conforter mon modèle de la « machine à idées ». Seuls les humains disposent de capacité d’anticipation. Je devrais être satisfait.  Et pourtant : il y a quelque chose qui cloche.

A ce stade de la réflexion, je penche plutôt pour la thèse suivante.

– Admettons que le castor soient poussé par instinct à construire des barrages, des huttes ou des canaux (comme les oiseaux). Des expériences semblent en tout cas le prouver.

– De même la construction de ses édifices peut se faire par accumulation élémentaire de bout de bois. Inutile donc de leur prêter une intelligence d’architecte.

– Mais certains arguments avancés par L. Morgan restent pertinents: il faut que le castor choisissent des arbres à bonne distance, transporte les branches, les installent correctement. Et cela demande un peu de jugement et des anticipations, même partielle. Peut-être qu’il n’a pas une idée très précise du résultat final quand il amorce sa construction, mais il faut sans doute accorder à notre animal une certaine faculté d’anticipation. Et retenir même, cette idée forte retrouvée chez Darwin : La puissance de l’instinct bâtisseur exigence des capacités d’apprentissage et d’intelligence.

Pour aller plus loin, il faudrait se pencher sur les expériences qui semblent avoir été mené sur les castors élevés en captivité et hors de modèles parentaux.  Construisent –ils vraiment des barrages « parfaits » ou plutôt des embryons grossiers ?

Un problème du même type se pose à propos de la chasse et des animaux prédateurs. La chasse (du loup, du loin) requiert sans doute à la fois de l’instinct, mais aussi d’intelligence et des capacités d’apprentissage.


Le problème du castor (2). Chantiers de construction

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Le 31 octobre 2010 par Jean-François Dortier

J’ai profité d’un trou dans mon emploi du temps hier après midi pour approfondir un peu le problème du castor.

Le livre de Morgan est une monographie scientifique exemplaire pour l’époque (1868) et compte tenu de l’emploi du temps du pionnier de l’anthropologie, qui, rappelons-le, n’est pas un chercheur professionnel, mais un avocat et homme d’affaire. Les premiers chapitres  de son livre sont consacrés à situer la place du Castor dans le règne animal, son l’implantation géographique (il vit en Amérique du nord et en d’Europe), décrire son anatomie. Viennent ensuite les chapitres centraux consacrés à ses constructions : barrages, huttes et terriers.

L. Morgan s’est intéressé de prêt à la construction des barrages. Il a relevé les lieux d’implantation, dressé des cartes, dessiné les barrages, mesuré la taille des ouvrages, comparé les modes des constructions, etc.

barrage de castor

Tous les barrages, note L. Morgan, sont construits selon un même principe : par empilement de bâtons et branches et colmatés ensuite par de la boue. Au fil des années et des générations successives, certains barrages prennent des dimensions impressionnantes.

Une fois son barrage terminé, le castor s’attaque à un autre édifice : la hutte qui lui servira de logis. Vue de l’extérieur, la hutte se présente comme un îlot formé d’un gros tas de bois.

la hutte du castor

A l’intérieur, se trouve une cavité où vit la famille castor. L’entrée est située sous l’eau et donc hors de portée des prédateurs. On comprend donc la raison du barrage : crée un étang dont le niveau d’eau est stable de sorte que l’entrée de son domicile soit en permanence sous l’eau.

« Il y a plusieurs variés de huttes, chacune étant adaptée à une situation particulière ; prises dans leur ensemble, elles procèdent néanmoins d’un même principe général de construction C’est ainsi que nous trouvons des huttes sur des îles, au bord des cours d’eau, sur des lacs, chacune avec ses caractéristiques propres »  (p. 131).

Certaines huttes sont formées d’une seule chambre, (il n’en a trouvé qu’une seule composée de deux chambres), elle ont une, deux parfois quatre d’entrée. Le sol est tapissé de e bout et de brindille pour le rendre très confortable : «  il est difficile à qui n’a pas été sur place de donner une idée de la perfection de ses réalisations ». (p. 138).

intérieur hutte

Vue de l’intérieur de la hutte. Les croquis de Morgan sont moins clairs. Ceux-ci, trouvé sur le web me parait plus explicite

L. Morgan consacre ensuite un chapitre aux canaux construit par les castors pour transporter le bois. Et il s’en émerveille.  « Le creusement de canaux pour le transport du bois par voie d’eau jusqu’à la hutte représente, ce me semble, la plus haute expression de l’intelligence et du savoir faire des  castors » (p. 185).

Le castor est donc un bâtisseur né, qui réalise plusieurs types de constructions : barrages, huttes, terriers, canaux. Chacun de ses ouvrages suppose une série d’actions assez complexes de gestes qui se répartissent en plusieurs séquences : couper du bois, le transporter, l’entasser, lui donner une forme globale, consolider, réparer, etc.

Comment cela est-il possible ?  Est ce que cela procède un plan général. Où y a-t-il des modes de construction différents ou au contraires des principes communs ?


Le problème du Castor (1)

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Le 27 octobre 2010 par Jean-François Dortier

Castor01Je commence toujours mes matinées par quelques pages de lecture, une sorte d’échauffement intellectuel, avant de me mettre au travail. Ce matin, j’attaque Le Castor américain et ses ouvrages,  de Lewis H. Morgan.

L.H. Morgan (1818-1881) est le fondateur de l’anthropologie américaine. C’est un type très sympathique et donc l’œuvre est beaucoup plus riche et pénétrante que quelques formules qu’en retiennent les manuels d’anthropologie (l’évolution de l’humanité en trois stades : de la sauvagerie à la barbarie et de la barbarie à civilisation). Sa vie est celle des pionniers de l’anthropologie, à l’époque où il n’existait pas encore d’institutions scientifique en sciences humaines. C’était un avocat et homme d’affaire, qui a investi dans la construction d’une ligne de chemin de fer entre New York et le lac Michigan. C’est ainsi qu’il est entré en contact avec les Iroquois, s’est  passionné la vie de ces Indiens, (il a décrit leur système de parenté qui a servi de base pour le premier grand ouvrage d’anthropologie de la parenté).

J’apprend avec curiosité que ce brave  L.H. Morgan a aussi écrit une monographie… sur les castors, qui vient d’être rééditée par les Presses du réel. Hier, nous avons reçu à SH ce livre en service de presse. Grâce à lui, je vais peut être trouver des éléments de réponse à ce que j’appelle « le problème du Castor ».

Le castor constitue un redoutable défi à ma théorie de la « machine à idée ». Dans mon livre L’Homme, c’est étrange animal, j’essaie de démontrer que  le « propre de l’homme » (ses capacités cognitives si singulières) réside dans sa capacité à produire et manipuler des images mentales qui lui servent à s’extraire de son environnement et lui permette de « voyager en pensée » et créer des mondes virtuels. Cette capacité serait selon moi (et selon Peter Gardensfors qui est parvenu parallèlement même conclusions) la source commune du langage, de l’art, des techniques et des cultures symboliques (dont la religion ou les lois humaines).

L’aptitude humaine à se projeter mentalement dans des « mondes possibles » nous rend apte également à anticiper. Nous autres humains, nous vivons toujours un pied dans le présent et un pied dans le futur. Une grande partie de nos actions ne sont sont dirigés en fonction de buts à moyen ou long terme. Nous autres humains avons inventé l’avenir.

Mais on peut opposer à cette théorie une solide objection. Nombre d’animaux semblent avoir des comportements orientés vers le futur. Les oiseaux construisent des nids, les écureuils font des réserves de nourriture pour l’hiver. Et les castors mettent des semaines et des mois à construire d’imposants barrages dont ils n’auront l’usage qu’une fois leur édifice terminé.

Bien sûr, on peut lever facilement l’objection : les animaux construiraient leur ouvrages par « instinct » alors que les hommes agissent en ayant un but en tête. Marx oppose ainsi l’abeille et l’architecte. Les abeilles construisent leur alvéoles de cire en suivant un instinct figé; l’architecte construit un maison en d’abord des plans dans sa tête. D’un côté, un programme instinctif invariable et de l’autre, des humains mus par des idées. Le fait que les animaux bâtisseurs (des fourmis aux oiseaux) ne soit capables de construire qu’un seul type d’habitat montre la rigidité de leur conduite, et suppose donc qu’il s’agisse d’une activité instinctive. Je me souviens avoir lu quelque part (mais je ne sais lus où ) que si vous élever un castor en captivité dans votre baignoire (quelle drôle d’idée !) à couper et l’empiler le bois qu’on met à sa portée. Ce qui tendrait donc à montrer que la construction d’un barrage est instinctif. J’ai gardé l’anecdote en mémoire et elle m’est bien utile dans les conférence pour lever les objections et apporter de l’eau au moulin  de ma théorie.

Mais suis-je-ce aussi sûr de mon coup ? Honnêtement, je dois dire que je n’ai jamais vraiment allé beaucoup plus loin dans l’exploration des activités bâtisseuses des animaux. Concernant les rapports entre instincts et intelligence, je m’en tient pour l’instinct à la position de Darwin. Sa position est subtile et est loin de se résumer à l’opposition sommaire intelligence/instinct. Dans La Descendance de l’homme, Darwin récuse l’opposition trop nette entre instincts et intelligence. Et je crois me souvenir qu’il prend justement le cas du castor pour souligner que chez lui, l’intelligence et l’instinct vont de concert. Son raisonnement est le suivant. L’animal est poussé par son instinct à construire des barrages, couper su bois, l’empiler… Mais il lui faut beaucoup d’intelligence de l’expérience pour améliorer sa technique. En gros, l’instinct fournis le « pattern », pousse à l’action et en donne le schéma global, l’intelligence est nécessaire pour perfectionner et moduler son activité. Ainsi donc l’instinct et l’intelligence vont de concert. Mieux : l’instinct et l’intelligence vont de concert. A la différence des visions habituelle qui laisse entendre que l’intelligence se substitue à l’instinct.

J’en suis donc resté là de mon raisonnement en me promettant toutefois de me plonger un jour un peu mieux dans cette histoire de castor.  Avec le livre de H.L. Morgan le moment est peut-être venu de creuser un peu plus « le problème du castor ».


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