Peut-on vraiment ne rien faire ?

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Le 9 décembre 2010 par Jean-François Dortier

Durant l’Antiquité les philosophes appelaient “ataraxie” un état dans lequel le sujet se trouve  lorsque ses besoins ont été comblés. Il sombre alors dans une douce quiétude et ne recherche rien d’autre qu’à s’y maintenir.  Tel est, selon eux  l’idéal de l’homme.

Pour tester l’hypothèse de l’ataraxie, des chercheurs américains ont réalisé une expérience, qui date déjà de 1954 (1). La consigne était simple : on demandait à des volontaire de rester sans rien faire… et de tenir le plus longtemps possible. Les personnes étaient alors placées dans un état de total isolement et de privation sensorielle. Placés dans une pièce silencieuse, les volontaires devaient porter des lunettes qui leur bouchaient la vue et les privaient de toute stimulation visuelle, ils portaient également des manchons aux bras pour éviter tout contact corporel. A leur demande, ils pouvaient recevoir à manger ou à boire, aller aux toilettes,  mais sans voir ni parler à personne. Pour rester dans cet état d’inactivité, il étaient rémunérés à un salaire élevé pour l’époque : 20 dollars par jour.

Aucun  des sujets soumis à ce régime ne pu tenir plus de deux à trois  jours ! Au bout d’une douzaine d’heures dejà, des troubles apparaissaient : baisse des capacités motrices et intellectuelles, troubles émotionnels et  mêmes hallucinations.

La conclusion de l’expérience semble donc être la suivante. La privation de stimulation extérieure, de contacts physiques, de relations humaines ou d’activités de toute sorte est invivable. L’être humain ne recherche pas simplement à assouvir des besoins, puis rester dans le calme. Il a besoin de sentir et d’agir pour exister.

De là, quelques conclusions philosophiques et pratiques.

Ne pas bouger, ne pas penser : faire le vide en soi… N’est ce pas ce que proposent le Bouddha et d’autres techniques de médiation ? C’est inhumain.

La plupart du temps les humains agissent pour atteindre un but (je mange pour me nourrir, je me déplace pour aller à un endroit, je parle pour communiquer des informations, je lis pour m’instruire). Mais souvent aussi et sans qu’on s’en rende compte, l’action vient d’abord, le but ensuite.

Et vous, qu’en pensez vous ?

(1) Expérience réalisée par W.H. Bexton, W. Heron et T.H. Scott « The pathology of boredome », Scientific American, n° 1, 1957.


1 commentaire »

  1. jalexis dit :

    Sauf le respect que je dois au “Scientific American”, l’expérience est parfaitement foireuse…quelque chose comme l’ataraxie est en effet le but d’un certain nombre de techniques méditatives ou religieuses…mais il s’agit de l’aboutissement d’un travail…Le but du boudhisme est-il inhumain : oui, parfaitement. Et c’est pour cela, exactement, qu’il est difficile à atteindre. Le “Vide” dont il est question n’est pas le rien.
    Sinon, l’enseignement de Sa Joviale Sainteté (le Dalaï Lama) serait avantageusement remplacé par boules Quiès et Ray Ban opaques. Non ?

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