L’Humanologue saison 1, épisode 3 : “Théorie générale de la pause café”

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Le 7 décembre 2019 par Jean-François Dortier

La meilleure façon d’ennuyer tout son monde – et de ne convaincre personne – avec l’humanologie est de la présenter sous forme de grand discours programmatique (Il viendra quand même… en son temps). Partons plutôt d’un exemple concret : un approche humanologique de la pause-café.

“Il est 16 heure. Il est temps de quitter l’écran et d’aller prendre un café. La petite cuisine collective où se trouve la machine est deux étages au-dessus de mon bureau. Un bon prétexte pour se dégourdir les jambes et de se distraire. Prendre un café : une activité banale, presque insignifiante, mais qui peut en dire long sur la nature humaine.

• Reconstituer notre mer intérieure…

Boire un café, c’est d’abord une façon de se désaltérer (je bois des cafés à l’américaine, dans un mug format large). Ce faisant, j’accomplis un geste vital. Car boire un grand café allongé, c’est d’abord boire. L’eau nous est vitale, à nous autres êtres vivants. La vie est apparue il y a quatre milliards d’années dans les eaux chaudes de l’océan primitif. Puis les lignées vivantes, bactériennes, végétales et animales se sont développées sous la surface des eaux avant que certaines espèces n’en sortent et ne partent à conquête de la terre. Il y a 350 millions d’années, un de nos très lointains ancêtres, qui ressemblait à un alligator (il s’agit du tiktaalik, un animal découvert en 2006 et qui représente une transition entre les poissons et les vertébrés terrestres), s’est aventuré sur la terre ferme. Cette sortie du milieu marin n’a pas affranchi ses descendants du milieu aquatique. L’eau reste indispensable à notre survie. Notre corps est fait à 70 % d’eau. Comme nous en perdons chaque jour environ un litre et demi (en respirant, en transpirant, en urinant), il nous faut reconstituer en permanence notre petite mer intérieure. Cette ration quotidienne provient en partie des aliments et en partie des boissons. Sans m’en rendre compte quand je bois un verre ou un café, j’accomplis le même rituel que l’antilope qui va s’abreuver à un point d’eau. En moins dangereux bien sûr.

Leçon n° 1. Nous sommes des êtres vivants. L’eau nous est vitale. C’est vrai de notre ancêtre le titkaalik, c’est encore vrai nous.

• L’animal qui est en moi.

Une seconde raison m’a poussé à quitter mon doux fauteuil capitonné et à faire quelques pas vers la cuisine : j’ai besoin de me dégourdir les jambes. Voilà plus de deux heures que je suis assis, les yeux rivés sur l’écran. Et l’immobilité provoque assez vite un inconfort. Si l’expérience se prolongeait, comme c’est le cas lors de longs trajets en train ou dans un amphi, quand la conférence s’éternise, le mal-être physique se ferait rapidement ressentir. La raison ? Vous et moi sommes des animaux. Aristote l’avait déjà écrit et l’étymologie du mot le rappelle : le propre de l’animal est d’être « animé ». À moins d’être une huitre, tous les animaux ont besoin de se mouvoir. Pourquoi ?

L’animal est un être vivant d’un type particulier. L’animal se distingue du végétal en ceci qu’il est incapable de créer sa propre matière organique. Les plantes peuvent construire leur propre corps à partir d’eau, de lumière et de sels minéraux (grâce à la photosynthèse). Les animaux en sont incapables. Tout animal a donc besoin de se nourrir d’autres organismes vivants : plantes ou autres animaux. La plante est autonome. L’animal est un parasite. En termes biologiques, on dit que les végétaux sont « autotrophes » et les animaux « hétérotrophes ». Et de cela découlent une foule de conséquences. La première est qu’un animal doit se mouvoir pour chercher de la nourriture[1]. Et pour se déplacer, il lui faut des moyens de locomotion : des nageoires, des pattes ou des ailes. Mais pour ce faire, il lui faut percevoir son environnement, ce à quoi servent les organes des sens : toucher, odorat, vue, ouïe. Enfin, pour commander ses membres et organes sensoriels, il lui faut un cerveau, ou au moins un système nerveux. Une fois que la nourriture a été détectée, saisie, il faut la manger, ce qui suppose une bouche, un tube digestif et un anus pour évacuer les déchets. Voilà en gros le portrait-robot de tout animal.

Quel rapport avec la pause-café me direz-vous ? J’y viens.

Ce corps fait pour se mouvoir ne peut rester immobile. Pas simplement pour atteindre un but (attraper une gazelle ou aller chercher un café), le corps a besoin de se mouvoir en soi et pour soi. C’est une condition nécessaire à son fonctionnement. Privé de mouvements, le corps s’atrophie et dépérit. Mais auparavant, il nous lance des alertes : il nous fait souffrir, si l’immobilité se prolonge un peu trop.

Le lion enfermé dans une cage est en souffrance, l’enfant que l’on force à rester en place souffre. Les adultes qui sont contraints à une longue immobilité éprouvent aussi un malaise. Voilà pourquoi, régulièrement, on se lève, on bouge, on s’anime… Cela fait partie de notre bien-être.

Assis à mon bureau depuis deux heures, quelque chose en moi me dit « lève-toi et marche ». Cette envie de bouger, cette « pulsion » n’a rien d’un mystérieux instinct. Elle se manifeste d’abord par le fait qu’à rester trop longtemps assis, on éprouve vite les effets des fesses talées : le sang a du mal à circuler, d’où la sensation de « fourmis dans les jambes ». Si l’on prolonge cette position trop longtemps, le sang s’accumule dans les pieds, les chevilles se mettent à gonfler.

Leçon n° 2. Je suis un animal. Mon corps n’est pas fait pour rester immobile. Nous autres humains sommes des animaux et à ce titre nous avons la bougeotte : comme les chats, les chiens, les hamsters, les lions et les fourmis. 

• L’animal social

Je suis dans la cuisine depuis moins de deux minutes, j’attends que le café finisse de couler dans la tasse. C’est alors qu’arrive Alex, le documentaliste.

« Bonjour, ça va ?

– Oui et toi ?

– Bien, bien. Merci »

Silence. Une petite gêne s’installe. On ne peut pas rester là et boire chacun notre café, côte à côte sans rien dire.

« Tu as passé un bon week-end ? »

Les « conversations de café » tournent en général autour de trois sujets principaux : le travail (entre collègues), les affaires privées (la famille, les enfants, les activités du week-end, si on est plus intimes), les actualités générales (la politique, le sport, les films du moment). Reste un joker : la pluie et le beau temps.

Une seule chose est impérative : briser le silence. Alex ne peut m’ignorer et je ne peux faire comme s’il faisait partie des meubles.

Leçon n° 3. L’animal en quête d’eau et de mouvements est aussi un animal social. Quand deux humains se rencontrent dans un espace clos, impossible de s’ignorer.

 

• L’animal imaginatif

Le sujet est lancé.

« Tu pars bientôt en vacances ?

– Dans 15 jours.

– Et tu vas où ?».

S’ensuivent des considérations générales sur les beaux paysages d’Irlande ou sur un lac de montagne dans les Pyrénées. Nous voilà plongés dans des mondes invisibles : l’avenir (dans quinze jours), ailleurs (l’Irlande ou les Pyrénées), dans le possible (« si les trains ne sont pas en grève »). Les humains sont doués de cette faculté de voyager en pensées. Le cerveau imaginatif est la marque de fabrique de l’humain.

Si Alex n’avait pas été là, je me serais posté devant la fenêtre, les yeux rivés sur le pommier du jardin du voisin, mais la tête ailleurs, dans mes rêveries. Regardez les gens seuls à la terrasse des cafés, en train de tourner la cuillère dans leur tasse : ils sont ailleurs, ils rêvent.

Leçon n° 4. L’animal social est aussi un être imaginatif.

Durant la pause-café, l’humain se révèle pour ce qu’il est, un animal social et imaginatif. Trois mots qui suffisent à cerner un grande partie de l’humaine nature.


3 commentaires »

  1. Françoise dit :

    désolée, le début que j’ai lu (première partie me semble-il) m’a effectivement ennuyée.

    Correspondant aux attentes du rédacteur, je ne sais pas…

  2. Georges Chapouthier dit :

    Remarques très justes. Je reste un animal social et imaginatif, et fier de l’être.

  3. Jacques Van Rillaer dit :

    Au cas où le lecteur voudrait en savoir plus sur l'”animal” qui a un besoin impérieux d’animation:
    https://www.pseudo-sciences.org/Le-besoin-de-sensations-ses-variations-et-ses-degats

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