L’obésité plus grave que la faim dans le monde !

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Le 23 octobre 2011 par Jean-François Dortier

• 15% de l’humanité souffre de la faim ou de malnutrition. 20% souffre de surpoids. Depuis 2010, il y a donc plus d’obèses dans le monde que de gens souffrant de malnutrition. Voilà les données qui ressortent du Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011, « Faim et malnutrition » publié par la Croix-Rouge.

• 1,5 milliard de personnes dans le monde souffrent d’obésité alors  que 925 millions souffrent de malnutrition, précise le rapport. Jagan Chapagain, directeur de la Croix-Rouge pour la région Asie-Pacifique, ajoute que « Les excès de nourriture tuent aujourd’hui 2.4 millions de personnes. Soit plus que la faim ».

L'obésité dans le monde


Attention : n’ouvrez pas ce livre…

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Le 14 octobre 2011 par Jean-François Dortier

Si vous avez quelque chose d’important à faire ce week end, n’ouvrez pas le roman de Delphine le Vigan Rien ne s’oppose à la nuit. Vous ne pourrez pas le refermer. Si vous êtes d’humeur gaie et enjouée, ne l’ouvrez surtout pas ! Si vous devez recevoir des amis, de la famille : ne l’ouvrez pas ! Mais si vous voulez lire un chef d’œuvre. C’est le moment.

Rien ne s’oppose à la nuit raconte la vie de Lucile, la mère de l’auteur (c’est elle, sur la couverture du livre).

L’histoire commence avec Liane et Georges, les parents de Lucile et grands parents de l’auteur. Il se sont rencontrés dans les années quarante, se sont séduits, se sont aimés, se sont mariés. Georges d’abord journaliste a monté son agence de publicité. N’étant pas un génie des affaires, les fins de mois seront toujours été difficile à la maison. Liane est une femme lumineuse, une mère poule rayonnante, qui rêvait d’être entourée d’enfants. Elle n’était jamais aussi radieuse que quand son ventre s’arrondissait (elle aura huit enfants).  Malgré les soucis financiers, la famille est débordante de vie, de rires, de dynamisme. Delphine le Vigan a réussi admirablement à recréer l’ambiance qui règne dans cette famille nombreuse, comme ces grandes réunions, l’été dans la maison de famille, à Pierremont dans l’Yonne.

Solitaire et rêveuse

Au sein de la fratrie, Lucile reste une enfant solitaire et rêveuse, qui se tient toujours à l’écart des autres. Cette distance avec le monde qui l’entoure se lit même dans son regard. Elle est d’une beauté hypnotique. A 10 ans déjà, c’était une vedette dans Paris, elle avait déjà été sélectionnée pour figurer sur des magazines de mode. Et son visage avait été affiché sur les murs du métro.

«  Lucile passait des heures à rêver, allongée sur son lit, à inventer son avenir, un avenir qu’elle imaginait avant tout sans contraintes, sans rien qui pût l’empêcher ni la retenir. Quand elle pensait aux heures futures. Lucile ne songeait pas à un homme ni à un métier. Aucun prince, aucune réussite ne peuplaient ses rêves, simplement le temps étalé devant elle dont elle pouvait disposer selon sa volonté propre, un temps contemplatif qui la tiendrait à l’abri ».

Premières lézardes

Mais des failles vont venir lézarder cette famille modèle. Il y aura d’abord la mort tragique d’Antonin, le  petit frère  tombé au fond d’un puit. Quelques temps plus tard, Georges revient à la maison avec Jean-Marc, un garçon d’une dizaine d’années, retiré de sa famille pour mauvais traitement et adopté par Georges et Liane (comme pour remplacer leur enfant disparu!). Le passage du livre sur l’arrivée de Jean Marc, un soir d’hiver, et le regard des enfants sur ce nouveau venu est admirable. Quelques années plus tard Jean-Marc mourra lui aussi tragiquement. Il n’avait pas encore 16 ans. Puis il y aura la naissance de Tom, le petit dernier. Il est trisomique, mais la petite tribu fera bloc autour de lui.

Quand vient l’adolescence, Lucile se recroqueville de plus en plus sur elle-même. Elle refuse désormais de poser pour les séances photos. Puis la faille va s’approfondir. Au départ cela ressemble à un schéma typique. Les enfants grandissent, entrent dans l’âge de l’affirmation de soi, la meute familiale se  fissure. Nous sommes dans les années 1960 et la rupture est exacerbée par le fossé qui fait se heurter les générations, durant ces années là. L’image sacrée du père, jusque là Seigneur familial s’effiloche et perd de son prestige. Mais il y a plus grave : Georges a cherché à abuser de sa fille…

Quand vient la rencontre avec Gabriel,c’est pour Lucile, qui vient d’avoir 18 ans, l’occasion de bâtir une nouvelle vie. Elle le croira pendant un temps :

« Lucile était amoureuse de Gabriel, le temps était venu pour elle de quitter sa famille, de fonder la sienne, de vivre une vie de dame. Loin de l’effervescence, elle allait pouvoir inventer son propre espace et se mouvoir dans le silence. Jusqu’ ce jour, elle n’avait jamais su imaginer son avenir, lui attribuer une forme, une couleur. Elle n’avait jamais su se projeter dans une autre vie, inventer de nouveaux paysages. Parfois elle en avait conclu que ses rêves étaient si grands, si démesurés, qu’ils n’entraient pas dans sa propre tête.

Dans l’effervescence des préparatifs qui occupaient maintenant presque tout son espace mental – fiançailles, mariage, appartement à louer – Lucile s’arrêtait parfois, les yeux dans le vague, se laissait envahir par une sensation de douceur, de liberté. De tous ses frères et sœurs, elle serait la première a partir. Elle ouvrait la voie des lendemains. Pour la première fois, celle-ci lui apparaissait distinctement, claire et lumineuses » (p. 168).

La suite est celle de  l’histoire est celle de Lucile adulte : son mariage, la naissance de ces deux filles, son divorce et l’entrée progressive dans  la folie (Lucile  souffrait de trouble bipolaire)…  jusqu’à ce jour de 2008 où elle s’est suicidée.

Si vous avez des choses importantes à faire (comme moi le week-end dernier), n’ouvrez pas ce livre…


L’apocalypse : nouveau produit littéraire

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Le 8 octobre 2011 par Jean-François Dortier

L’apocalypse est à la mode. En vitrine des libraires cette semaine,  on peut découvrir Premier bilan après l’apocalypse, de Frédéric Beigbeder et le Fanatisme de l’Apocalypse de Pascal Bruckner. Le premier n’a strictement rien à voir avec le sujet puisqu’il s’agit d’une d’une anthologie littéraire personnelle (« mes 100 livres préférés pour le prix d’un » dit le bandeau). Mais il est significatif que l’écrivain ex-publicitaire emploi le mot « apocalypse » comme un produit d’appel. Le livre de P. Bruckner, l’essayiste, qui déteste les discours de la mauvaise conscience contemporaine s’en prend cette fois à la nouvelle religion planétaire écologique. Dans Du bon usage des catastrophes, Régis Debay  lui aussi en vitrine en ce moment, s’en prend aussi aux prophètes de malheur. Du côté des catastrophiste, enfin, on peut lire Face au pire des mondes, de Michel Beau. Nous y reviendrons.

Arrêtons nous pour l’instant sur dernier opus de Slavoj Zizek Vivre la fin des temps. (Flammarion, 2011). Le seul trait commun avec celui le livre de F Beigbeder est de n’avoir presque a voir avec le sujet annoncé comme on va en juger. Comme si « la fin des temps » n’était qu’une accroche commerciale.

Vivre la fin des temps

S. Zizek est un philosophe slovène « mao-lacanien » très prisé dans les milieux de la « pensée critique » et les sphères intello-médiatiques branchées. Le titre de son dernier livre annonce « la fin des temps ». Pourquoi ? L’affaire est réglée en un paragraphe : « Le postulat sous-tendant le présent livre est simple : le système capitaliste global approche un point zéro apocalyptique. Ses « quatre cavaliers de l’apocalypse » sont respectivement la crise écologique, les conséquences de la révolution biogénétique, les déséquilibres à l’intérieur du système lui même (les problèmes posés par la propriété intellectuelles, les conflits à venir concernant les matières premières, la nourriture et l’eau) et la croissance explosive des divisions et exclusions sociales ».

Vous avez bien lu : le monde ne va pas s’effondrer à cause d’une crise financière mais « des problèmes de la propriété intellectuelle » (sic !). Vous craigniez la faillite des Etats ? Non, pour Zizek, la menace vient des « conséquences de la révolution biogénétique ». Pourquoi ces tensions là et pas d’autres ? C’est S. Zizek qui le dit. Un point c’est tout. C’est un « postulat ». On n’en saura pas plus.

Le monde va donc s’effondrer. Soit. Et que va-t-il se passer ? La réponse tient en cinq chapitres, censés représenter chacune des cinq étapes par lesquelles passe toute conscience confrontée à un choc brutal. Ces cinq étapes sont  1) le déni (« c’est impossible, je n’y crois pas, cela ne peut pas arriver ») ; 2) la colère (elle explose quand on a enfin admis la réalité ; 3) le marchandage (les tentatives pour retarder, négocier minimiser l’échéance) ; 4) la dépression (quand on a compris que tout est fichu) et enfin  5) l’acceptation qui est une forme de résignation au changement.

D’où Zizek tire-t-il cette théorie des cinq étapes du changement ?  Elle provient de la psychologue suisse, Elisabeth Kübler-Ross qui a décrit ce cycle psychologique des réactions face aux catastrophes, deuils et autres annonces apocalyptiques. Pour ceux qui s’en souviennent, la théorie des cinq étapes d’Elisabeth Kübler-Ross a inspiré aussi les consultants de France Télécom. Lors des restructurations de l’entreprise, des rapports internes de la direction expliquaient les états par lesquels passeront les salariés soumis à une restructuration: déni, colère, marchandage, dépression et… acceptation. S. Zizek aurait donc les mêmes références que France Télécom !

Mais il est temps d’entrer dans le vif du sujet. L’apocalypse nous attend et voilà par quoi il va falloir passer.

Le graphique utilisé par Orga Consultants, inspiré des travaux d'Elisabeth Kübler-Ross.

• Chapitre 1 : le déni. Ce chapitre n’a a peut près rien à voir avec le sujet anoncé et démarre sur une longe digression sur le thème de l’idéologie, thème cher à Zizek. Tout commence par une attaque en règle contre les « tartarophiles » (les tenants du multiculturalisme, vu comme la forme suprême de l’idéologie libérale). Où est du déni de l’apocalypse dans ce chapitre ? Je cherche encore…

Chapitre 2 (« La colère ») est une réflexion sur le discours « théologico-politique », c’est-à-dire la tendance totalitaire à tuer au nom de Dieu. En bon communiste révolutionnaire, Zizek n’est pas du genre à s’émouvoir que l’on puisse tuer au nom d’une cause supérieure. Son souci serait plutôt de faire la part entre la bonne et la mauvaise doctrine. Et selon lui, la bonne cause serait à chercher du côté des valeurs chrétiennes. Oui des valeurs chrétiennes. Jésus, n’est pas qu’un dieu d’amour, rappelle Zizek, il a su s’emporter contre les marchands du temple… S.Zizek enfourche une nouvelle fois la défense des valeurs chrétiennes (comme il l’avait fait dans un livre précédent Fragile absolu. Pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être d’éfendu ? 2008). A ce stade, on est sérieusement entré dans du grand n’importe quoi. Mais, conscience professionnelle oblige. Je poursuis.

Chapitre 3. (« Le marchandage »). Là encore, on s’éloigne du sujet. Le chapitre est un long commentaire des thèses d’Alain Badiou -son ami, maître à penser et maoïste comme lui – à propos d’économie politique. Après un nébuleux développement d’un autre âge sur la théorie marxiste de valeur, on finit par apprendre qu’il faudrait en fait se débarrasser de la notion d’économie (ça n’existe pas..), des classes sociales (ça n’existe pas non plus) et que la théorie de la valeur est entièrement à revoir au prise de Hegel… Arrivé là, j’avoue que j’ai commencé à sauter des pages. J’ai quand même repris ma lecture page 331 sur cette admirable leçon: « la seule manière de se débarrasser de nos maîtres » n’est pas d’instaurer « l’humanité en maître collectif de la nature » (?) mais de « reconnaître pleinement l’imposture de l’idée de Maître ». Trop fort !

Chapitre 4. (la Dépression) Le délire verbal continue. Je vous épargne les longues digressions décousues autour des auteurs fétiches de Zizek – Lacan et Hegel -, le tout entrelacé de références au cinéma hollywoodien (ses autres passe temps). Il faut attendre page 453 pour que S. Zizek, reprend (enfin !), le thème de l’apocalypse annoncé au début d’ouvrage. Il nous explique alors qu’il existe trois versions de l’apocalypse : le fondamentalisme chrétien, le New Age, et « l’apocalyptisme techno-numérique posthumaniste » (sic!). Cela n’a plus rien à voir donc avec les menaces anoncées en début d’ouvrage ? Qu’importe, S. Zizek n’est pas du genre à s’arrêter sur de tels détails. Bon : j’ai hâte d’en finir. Allez Jean-François : tiens bon ! Encore un chapitre…

Chapitre 5  (Acceptation). Je laisse la parole au penseur et je vous laisse juger « Il y a dans nos vies deux formes opposées d’idiotie. La première correspond au sujet (parfois) hyperintelligent qui ne «  percute pas », qui comprend une situation logiquement sans en voir le contexte caché ». Et Zizek de prendre en exemple d’idiotie « hyperintelligente » une anectode personnelle :  un jour dans un bar américain le serveur lui avait demandé comment allez vous ? Et Zizek avait cru bon de raconter sa journée, croyant que le barman souhait le savoir…

« La seconde forme d’idiotie concerne ceux qui adhèrent complément au sens commun ». Et de partir sur une longue digression de plusieurs pages sur des personnages d’idiots puisés dans la littérature : chez Kafka, Platonov ou Sturgeon, illustrant les idiots de la deuxième catégorie, à l’instar des « pseudo-intellectuels semi cultivés ».

Je ne sais pas à quelle catégorie d’idiots je fais partie, mais, arrivé là, trop c’est trop. Il est temps d’en finir. Et – heureusement – le dénouement arrive quelques pages plus loin. Je vous laisse le découvrir vous même :

« Tel est le Dieu dont a besoin la gauche radicale d’aujourd’hui : un Dieu totalement « fait homme », un camarade parmi nous, crucifié entre deux exclus sociaux, qui non seulement « n’existe pas », mais aussi le sait fort bien, et qui, acceptant son propre effacement, passe entièrement du côté de l’amour qui lie tous les membres du « Saint-Esprit », c’est-à-dire du Parti ou du collectif émancipateur ».

Point final. Ce sont les derniers mots du livre. Un livre que j’ai refermé avec cette impression : que l’on puisse accorder quelque intérêt à de telles élucubrations montre qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume de la pensée.


Comment accoucher de ses parents

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Le 30 septembre 2011 par Jean-François Dortier

« J’ai un copain qui a coutume de demander : tu as plutôt mal à papa ou mal à maman ? » Ainsi débute le témoignage de Samuel Castro, fils de l’ex-révolutionnaire soixante-huitard Roland Castro, qui  racontait sa jeunesse à Virginie Linhart. Dans Le jour où mon père s’est tu, Virginie Linhart, mène une enquête pour savoir ce que sont devenus les enfants des dirigeants gauchistes de 1968. Elle-même est hantée par l’histoire de son père.  « Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement maoïste en France. Mon père est une figure marquante des années 1968. Mais, depuis 1981, après une tentative de suicide, il a choisi de se taire définitivement ». Bien qu’encore vivant, Robert Linhart s’est réfugié dans le mutisme complet. Alors Virginie a enquêté auprès de ses amis et des proches.

Nombre d’enfants sont hantés par l’histoire de leurs parents et décident, l’âge venu, d’entreprendre de les redécouvrir.

Cela donne lieu à des romans vrais. Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine le Vigan est l’un des succès de cette rentrée littéraire. Elle détrône même dans le cœur des lecteurs Tuer le père d’Amélie Nothomb (un autre règlement de compte filial). Delphine le Vigan a reconstitué la vie de sa maman Lucile, née en 1946, dans une famille de neuf enfants. Une vie marqué par les drames : un « père nocif, destructeur et humiliant », trois de ses frères et sœurs morts dans des accidents, un frère né trisomique. Devenu mère, de deux filles, dont l’auteur, Lucile est toujours restée angoissée, tourmentée et maniaco-dépressive. Elle finira par se suicider en 2008.

Cette année là, Eric Fottorino, romancier, ex-patron du monde, avait publié l’histoire de son père adoptif, qui venait lui aussi de mettre fin à ces jours.  L’Homme qui m’aimait tout bas (rééedition poche 2010) est un récit très touchant sur celui qui, bien que n’était que son beau-père avait élevé et aimé le petit Eric comme un vrai fils. Deux ans plus tard, Eric Fottorino a repris la plume pour publier Question à mon père (Gallimard 2010) consacré cette fois à son « vrai père », c’est-à-dire son père biologique qu’il a retrouvé. Cette homme s’appelle Maurice Maman. Oui « Maman » est bien le patronyme de son père biologique ! Ça ne s’invente pas… Et Maurice Maman a consacré sa vie professionnelle à aider les femmes à accoucher: il était médecin obsétricien.

On pourrait citer des centaines d’autobiographie – il faudrait dire des « parento-biographies » – consacrées à solder ses comptes d’amour ou de haine, avec ses parents. Les Rêves de mon père de Barak Obama est un vrai livre d’écrivain, juste et profondément humain. Tout comme La légende de nos pères de Sorj Chalandon qui vient de paraitre en poche.

La vie de famille est curieuse. Les parents font des enfants. Puis les enfants grandissent et c’est à leur tour de porter leur parents en eux. Une des façons de se libérer d’une lourde charge parentale serait donc d’écrire un livre sur papa ou maman. En somme, d’accoucher de ses parents…


Nos cousines les poules

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Le 29 septembre 2011 par Jean-François Dortier

Les chimpanzés et les bonobos sont nos plus proches cousins dans l’évolution. Mais du point de vue des comportements, nous sommes parfois plus proches des poules.

Trois caractéristiques nous rapprochent plus des poules que des grands singes : 1) la bipédie, 2) la domestication 3) le self contrôle.

1) Comme les poules, nous sommes bipèdes. La bipédie est assez rare chez les animaux. Parmi les mammifères, il n’y a guère que les humains et les kangourous à être bipèdes. Tous les oiseaux sont en partie bipèdes, mais la plupart volent ou nagent (comme le canard ou le cygne). Finalement seules les poules et les autruches sont des bipèdes exclusifs. Comme les humains.

2) Comme les poules, nous sommes des animaux domestiqués. Oui domestiqués! Il existe deux catégories de poules, les sauvages et les poules d’élevage. Les poules sauvages, comme le coq doré de l’île de Java par exemple, sont des espèces sociales vivant en petits groupes de femelles et poussins autour d’un coq dominant. Les poules domestiques vivent aussi sous l’emprise des humains dans les batteries d’élevages, les poulaillers basses-cour ou plus librement en vaquant autour de la ferme. Chez les humains la domestication a prise aussi des formes d’asservissement différentes allant de la pure domination esclavagiste au compagnonnage de maitre à serviteur. L’époque néolithique fut celle de la domestication les plantes et des animaux : on oublie de dire qu’elle fut aussi celle de la  domestication des humains.

3) Comme les poules, nous disposons de self contrôle. Les humains s’enorgueillissent de  pouvoir anticiper, se projeter dans l’avenir et être capables d’agir en fonction de buts éloignés. Et si les poules en étaient capables ? En 2004, S.M. Abeyesinghe, une jeune chercheuse en éthologie de l’Université Bristol a montré que les poules savent prendre leur temps afin d’obtenir une récompense supérieure à ce qu’elle pourrait avoir tout de suite. Le procédé est le suivant. Des poules ont appris à obtenir des grains en donnant un coup de bec sur un levier (c’est le même principe que le distributeur de boisson). Sur certains distributeurs, la récompense tombe presque tout de suite après avoir appuyé sur le levier. Dans d’autres distributeurs, la récompense vient 10 ou 20 secondes après le coup de bec déclancheur, mais la butin est supérieur : plusieurs grains au lieu d’un ! Présentées aux deux machines, les poules préfèrent se diriger vers celle où on attend plus longtemps mais ou le gain est supérieur.. Conclusion, la poule sait anticiper, attendre et  – mieux –  mais elle est capable de self-contrôle puisqu’elle pourrait se précipiter sur la machine qui délivre dans l’immédiat une petite récompense.(1)

Les poules sont moins stupides que l’on croit

Cette recherche sur le « self-contrôle » des poules ne fait que confirmer ce que les chercheurs avait déjà mis en évidence a propos de l’intelligence des oiseaux en général et des poules en particulier. (2) Ils sont capables à catégoriser (c’est-à-dire à reconnaitre un être précis – ce chat roux, comme appartenant à la catégorie général «  chat »), de distinguer les individus (les poules se reconnaissent parfaitement les uns des autres comme individus singuliers), à  communiquer (les poules qui caquettent ou gloussent te font pas qu’exprimer leur émoi, elles transmettent des messages d’alerte par exemple et emploient des sons différents en fonction des dangers).

On a même appris récemment que les poussins savent compter. Plus exactement qu’il possède des capacités numériques élémentaires.  Cela a été démontré par la chercheuse italienne Lucia Regolin (de l’université de  Padova). Dans une étude publiée en 2007, son équipe a montré que des poussins de cinq jours sont capables de compter jusqu’à 10 ! L’expérience part de ce constat : les poussins sont des animaux très grégaires : un poussins isolé aura tendance à rejoindre un groupe de poussin à proximité. Et s’il y a deux groupes il va vers le plus nombreux. (3)

La première étape de l’expérience, vous mettez un poussin tout seul dans un cage, devant lui, il voit d’autres poussins passer devant la cage (en fait des poussins artificiels manipulés par les chercheurs) . Ces faux poussins vont se cacher derrière un petit paravent. On libère alors le poussin, et il se dirige aussitôt derrière le paravent pour rejoindre ceux qu’il pense trouvé. Première conclusion : il possède le poussin possède la « permanence de l’objet » (autrement dit, l’animal a conscience que même si la chose a disparu, elle existe encore quelque part, bien que cachée a sa vue).

Dans l’expérience suivante, il y a deux petits paravents cette fois. Les uns après les autres, les poussins se dirigent tantôt vers l’un tantôt vers l’autre. Le poussin qui a assisté ce manège est ensuite libéré et se dirige alors derrière le paravent où les faux poussins sont le plus nombreux. Et pour le savoir, il a donc fallu les compter, ou moins apprécier leur nombre ! Agés de cinq jours, plusieurs poussins ont réussis le test. Oui, les poussins comptent…

Les poules ne sont pas si idiotes.  Bien que bpèdes et domestiquées  (comme nous) elles font preuve de jugement d’anticipation, de self-contrôle, elles sont aussi très protectrice à l’égard de leur petit qu’elles couvent et protègent avec soin.

Songez-y avant de manger votre prochaine cuisse de poulet.

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(1) « Can domestic fowl, Gallus gallus domesticus, show self-control? », S. M. Abeyesinghe et al., ANIMAL BEHAVIOUR, 2005, 70, 1–11.

(2) A quoi pensent les oiseaux? Jean François Dortier, S.H. n° 190, fév. 2008.

(3) Rugani R, Regolin L, and Vallortigara G. 2007 Rudimental Numerical Competence in 5-Day-Old Domestic Chicks (Gallus gallus): Identification of Ordinal Position. Journal of Experimental Psychology: Animal Behavior Processes 33(1):21-31.


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