Le cercle psy : naissance d’un journal
4Le 28 mai 2011 par Jean-François Dortier
Un nouveau journal a vu le jour. Il s’appelle le Cercle Psy. Il est disponible dans les kiosques depuis jeudi.
Généalogie d’un projet. L’idée de créer une publication dédiée à la psychologie – papier ou numérique – nous trottait dans la tête depuis quelques temps déjà à Sciences Humaines. La psychologie à la côte depuis quelques années : elle suscite de fortes attentes si on en juge par le nombre d’étudiants (surtout des étudiantes) présents dans les amphithéâtres, si on en juge aussi au nombre de personnes qui consultent un psy (8% des français) ; si on en juge encore par l’attrait pour les livres consacrés au mystères du cerveau, aux émotions, aux troubles mentaux ou aux relations humaines. La « demande » de psychologie est également celle d’une société troublée, des personnes stressés, tourmentés dans leur vie familiale, de parents angoissé par la réussite d leur enfants ou de gens désemparés ou soucieux de leur épanouissement personnel. Le succès de nos numéros GDSH consacrés à la psychologie nous a mis la puce à l’oreille. (Les troubles mentaux, Freud : droit d’inventaire, La grande histoire de la psychologie, les psychothérapies, Les nouvelles psychologies)
Mais on crée pas un journal uniquement pour conquérir des parts de marchés (sinon je lancerais un nouveau titre sur l’art de cuisiner les saveurs du monde). Pour se lancer dans l’aventure d’un nouveau titre, il faut d’autres ingrédients. Et d’abord l’envie. Elle nait notamment du sentiment qu’il se passe de nouvelles choses dans les mondes de la psychologie. les choses sont en train de changer en profondeur. La psychologie du début du 21ème siècle ne se laisse plus enfermer dans les modèles et les chapelles du siècle passé. De nouvelles psychologies sont en train de voir le jour. Dès 2006, (déjà!) on avait consacré un dossier spécial sur ce thème. (GDSH Nouvelles psychologies). J’ai le sentiment que frontières disciplinaires et théorique (psychanalyse, behaviorisme, psychologie cognitives, neurosciences, psychologie humaniste, etc.) ne peuvent pas rendre compte des idées nouvelles qui sont en train de couver. Sur le terrain, les psychologues de terrain sont devenu plus éclectiques et ouverts). Les idées en germe et les pratiques en cours ont du mal à s’exprimer dans les cadres institutionnels de la recherche et de des publications traditionnelles.
L’idée est donc de créer un journal et qui accompagne ces mutations. Un journal ouvert « à toutes les psychologies » à la fois bienveillant et critique « sans exclusives ni invectives » (Extrait de l’édito).
En 2009, nous avons d’abord lancé un site internet : le Cercle psy. Un site riche en continue : avec sa lettre hebdomadaire, ses archives, sa mini-encyclopédie en ligne. Satisfait de l’audience et pas mécontent du travail accompli – l’originalité du ton et des thèmes abordés – l’idée est venue de transformer ce Cercle psy numérique en un journal papier.
Depuis quelques mois, nous concoctons donc ce journal dans les chaudrons de Sciences Humaines. On a constitué une petite équipe : Jean François à la rédaction en chef, Virginie au secrétariat de rédaction. quelques auteurs et pigistes à la rédaction, Nadia à la promotion, Benoit à la coordination ; Natacha à la fabrication, moi, un peu partout… Et on a confié à Marie, jeune et très talentueuse graphiste le soin de donner forme à notre rêve… (Tout lien de parenté entre Marie D et moi-même, n’est pas totalement fortuit).
Et la semaine passée le numéro sortait des presses. Mardi on fêtait son arrivée à Sciences Humaines autour d’un verre. Jeudi il était en kiosque. Hier, en revenant des Sables d’Olonnes, j’ai eu le plaisir et la fierté de le voir exposé en devanture d’une maison de la presse à la gare Montparnasse.
Catégorie : Bazar
Le cerveau et la pensée : comment ça marche ?
4Le 6 mai 2011 par Jean-François Dortier
Le cerveau et la pensée, le nouvel âge des sciences cognitives vient de reparaître.
J’ai publié ce volume pour la première fois en 1999, 12 ans déjà ! Puis il y a eu une réédition en 2003. Depuis, le livre s’est épuisé et il s’est passé beaucoup de choses dans le domaine fertile des sciences cognitives. Je l’ai totalement donc profondément remanié, refondu, actualisé, avec le concours des « meilleurs spécialistes » comme on dit (et en l’occurrence : c’est vrai).
Dans cette nouvelle édition (la troisième) vous trouverez tout d’abord des réponses simples à quelques questions de base : qu’est ce que la cognition ? et les sciences cognitives ? La mémoire, l’intelligence, l’imagination, la conscience, les croyances collectives, etc.: Comment ça marche? Ou plutôt qu’est ce que l’on croit savoir?
En introduction, un premier survol – comme en hélicoptère – permet d‘appréhender en quelques pages cet immense continent scientifique.On débute par un exposé plus détaillé consacré aux disciplines phares : psychologie, neurosciences, intelligence artificielle, linguistique, et bien d’autres encore (car il existe aussi une éthologie cognitive et même les sciences politiques ont été contaminée par le « tournant cognitif ». Suit un tour d’horizon plus précis sur l’histoire de ce projet scientifique grandiose (percer les secrets de l’esprit humain) qui a déjà 50 ans déjà. Le paradigme initial des sciences cognitives était fondé sur une métaphore aussi prometteuse qu’effrayante : le cerveau fonctionne comme un ordinateur et la pensée comme un programme informatique. En penser, au final, c’est calculer. En somme, cela veut dire que nous sommes tous des robots fait avec de la viande et du sang ! Gloups…
Mais ce modèle explicatif a connu des ratés, des obstacles et des impasses. De fait, d’autres modèles sont apparus, tous destinés à décrire le fonctionnement de l’esprit). Chacun pourra se faire son idée ou piocher dans les cinq principaux modèles (éxposé pour la première fois de façon synthétique) pour en construire sa propre théorie.
Après ce premier tour d’horizon, visitez donc la partie suivante consacrée à chaque discipline. En compagnie de Jérôme Bruner, l’un des pionniers de la psychologie cognitive (un très vieux et très grand chercheur que j’ai rencontré il y a quelques années à New York) vous pourrez comprendre comment on fonde une nouvelle science et … comment votre projet initial peut être complètement détourné contre votre gré. Jérôme Bruner voulait fonder une « psychologie culturelle » pour comprendre ce qui se passait dans la tête d’un poète en train de créer ou d’un croyant en train de prier, il a donné naissance à son corps défendant à une psychologie de laboratoire, qui décrit l’esprit humain comme un programme de machine à laver…
Dans la partie « neuroscience » : Hugo Lagercrantz, un scientifique suédois propose une description vertigineuse de la façon dont se fabrique un cerveau de la naissance à l’adolescence, comme une plante qui se déploie sous l’influence combinée des gènes et semences culturelles.Vous pourrez aussi découvrir où en est le grand projet de recréer une intelligence artificielle, des robots et des machines pensantes, prothèses cognitives et autre cyborg. Déjà ces êtres artificiels ont commencé leur l’hybridation et symbiose avec l’intelligence humaine… Les amateurs de philosophie pourront voir comment l’émergence des sciences cognitives a relancer les vieilles questions sur l’âme et le corps, la nature de l’esprit.
Découvrons maintenant dans la seconde partie. Nous avons quitté le terrain des disciplines, pour entre alors dans le vif du sujet. Je ne dis pas cela pour me vanter, (comme disait ma maman pour parler de son fameux cake au raisin), mais ne connais pas de livre qui offre un aperçu aussi large sur tous les domaines de la cognition :
Comment l’esprit s’y prend –il pour découper le monde (en plantes, animaux, humains, couleur, formes, types et prototypes ?), comment on perçoit le monde qui nous entoure ? Et comment les animaux le voient-ils ? Mon ami Georges Chapouthier présente son modèle de la mémoire en mosaïque. Un chapitre est consacré aux nouveaux modèles de l’intelligence de l’enfant, un autre à la façon dont pensent les oiseaux.
Les émotions sont devenues un des grands domaines de recherche des sciences cognitives. Antonio Damasio, explique ici qu’elles forment les racines premières de la conscience de soi. Le conscience justement : elle fait l’objet aussi d’une partie spécifique. Stanislas Dahene, professeur au collège de France nous explique comment on peut l’étudier en laboratoire. Un autre chapitre est consacré à l’inconscient cognitif, un autre domaine fertile des sciences cognitives.
Au fil de la lecture vous trouverez également d’excellent article sur le langage : comment on l’acquiert, comment circulent les mots et les images mentales dans le cerveau. Vous pourrez assister à un débat virulent entre spécialistes à propos du cerveau social (la pensée est-elle dans le cerveau individuel ou dans la société ?) Et page 411, vous aurez la réponse à la devinette suivante : qu’elle est le point commun entre une grenouille, Jésus-Christ et un hamburger ? La réponse se trouve en introduction d’un chapitre sur la nature des représentations mentales
L’être humain n’étant pas un île, la pensée ne se produit pas toute seule dans notre bocal personnel. Chaque cerveau communique avec d’autre cerveaux, subit des influences, se confronte à d’autres pensées et s’imbibe des représentations collectives (mythes, stéréotypes, croyances de toute sorte) : voilà un autre pôle de recherche très fertile des sciences cognitives auquel est consacré un chapitre de ce livre, décidément très copieux.
Voilà donc tout ce que vous pouvez trouver (et d’autres choses encore) dans ce volume. Tout cela est accompagné d’un petit dictionnaire d’une certaine de termes techniques bien utile pour s’initier au jargon des experts et comprendre leur langue.
J’ai oublié de parler de l’imagination, de du raisonnement, de la décision et des arcanes de la volonté. C’est dedans aussi. Tout ça pour seulement 25 euros ! Je sais, à ce prix là : c’est donné.
Catégorie : Bazar
Faut-il tromper sa femme ? Exercice d’éthique appliqué.
27Le 18 avril 2011 par Jean-François Dortier
Le summum de l’éthique selon Michel Onfray tient dans un formule empruntée à Chamfort (1741-1794), écrivain du 18ème siècle : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà toute morale ». (M. Onfray cite cela dans son Manifeste hédoniste, p. 26).
Tout cela est bel et bien, mais un peu nébuleux. Essayons donc d’appliquer ceci à un cas concret. Un exercice pratique d’hédonisme ou « d’érotisme solaire » (c’est ainsi que Michel Onfray baptise sa philosophie de la vie).
Le dilemme du démon de midi.
Appelons cela le dilemme du démon de midi. Soit un homme de 45 ans, marié et père de famille. Il n’est plus amoureux de sa femme. La passion des débuts s’est éteinte, il la désire moins, mais lui il reste tout de même un forme d’amour plus modeste : l’attachement. Il a deux enfants encore jeunes (disons 8 et 11 ans) qui adorent leur papa et seraient bien malheureux si la famille explosait. Mais voilà. Notre homme rencontre une jeune femme, de 15 ans plus jeune que lui. Ils se séduisent mutuellement. Tombent amoureux. Une liaison fougueuse se noue.
Voilà un scénario banal. Mais que faire ? Notre homme n’a pas encore tranché : faut-il quitter sa femme, briser son foyer pour filer le grand amour (avec tous les emmerdements afférents que cela supposent : coût exorbitant d’un divorce, plus personne pour repasser ses chemises et laver ses chaussettes). Faut-il alors jouer la carte de la fidélité : renoncer à cette belle aventure et rentrer dans le rang (avec les frustrations que cela suppose ?). Faut-il ne rien, dire et prolonger le mensonge le plus longtemps possible ?
Notre homme vient d’acheter le Manifeste hédoniste de Michel Onfray. Le chapitre sur l’éthique l’intéresse particulièrement. Il y est question justement de la jouissance et des dilemme moraux. Il lit et relit la maxime de la énoncé page 26 : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni toi ni à personne, voilà toute morale ». Qu’est ce que cela implique ?
– 1ère solution : Plaquer sa femme, partir vivre son grand amour avec sa jeune compagne (« jouis et fait jouir »). L’amour avant tout doit reprendre ses droits. Mais ce faisant il fait du mal. Sa femme va être humiliée, désespérée, abattue. Il va faire souffrir aussi ses enfants, qui vont être très malheureux. A cet âge, la famille est sacrée. Il viole donc le second précepte « ne faire de mal à personne ».
– 2ème solution. Laisser tomber sa belle amoureuse, au nom de la fidélité. Après tout l’attachement qu’il éprouve pour sa femme est une forme d’amour. Un amour plus modéré certes, moins passionnel mais un amour quand même. (Rien de plus destructeur que la passion passion, disait Denis de Rougemont dans l’amour en Occident). De plus, en renonçant à sa liaison, il fait preuve d’amour à l’égard de ses enfants : une autre forme d’affection encore.
– Il reste un troisième solution : Mentir. A sa femme en lui cachant sa liaison). Mentir aussi à sa maîtresse (en lui laissant croire qu’il ne reste plus rien de désir pour sa femme, mais qu’il ne peut briser le foyer). Il peut donc mener une double vie. Une vie de mensonges mais qui est la meilleure façon de respecter l’éthique hédoniste de Chamfort et Michel Onfray. « Il jouis, (lui-même) ; il « fait jouir » (sa maîtresse). « il ne fait pas de mal à personne » (ni à sa femme, ni a ses enfants).
« Voilà tout la morale » (dixit M. Onfray). En gros, l’éthique des lâches ordinaires promue au rang de rang des grandes avancées philosophiques. CQFD.
Catégorie : Art de vivre & anti-sagesse
Scène de ménage
1Le 16 avril 2011 par Jean-François Dortier
Ça se passe au supermarché, rayon fruits et légumes. Un vieux couple est là devant les tomates. Ils ont environ soixante dix ans chacun. Lui est grand, se tient bien droit, porte une casquette sur la tête et des lunettes avec des grosses montures marron. Elle est petite, vraiment petite, voutée. Elle a les cheveux tout gris, la tête courbée. Et c’est elle qui pousse le chariot.
Lui : « Tu as pris des yaourts ?
Elle : « Non »
Lui : « Pourquoi, tu en as pas pris ? »
Elle : – Tu m’as pas dis d’en prendre.
Lui : – Mais je te les ai montré du doigt
Elle : – Je savais pas. Fallait me le dire !
Lui: – J’allais pas crier dans le magasin.
Elle: – Oh, de tout de façon ça va jamais. Et en soupirant, elle ajoute : « Bon on va pas encore en faire une histoire. On va aller en chercher.
Lui (en haussant les épaules) « Oui, ben c’était plus simple de les prendre tout à l’heure quand même ! »
Depuis combien de temps se disputent-il à propos de tout et de rien ? Peut-être se sont-ils rencontrés il y a 50 ans. Les premières années, ils se sont aimés ou au moins désirés. Ils ont eu des enfants. Puis le temps passant, l’amour et le désir ont disparu, mais il a fallu continuer à vivre et s’occuper de leur famille. Les enfants sont partis. Ils sont restés tous les deux, comme des fauves dans la même cage. Il a pris l’ascendant sur elle, et lui donne et des coups de pattes à tout moment. Ils font partie d’une génération où on ne divorçait pas. Depuis longtemps, ils ne font que cohabiter. Ils mangent à la même table. Ils dorment sans doute chacun dans deux lits séparés (j’espère pour eux). Ils font les courses ensemble. Ils ne partagent plus aucun rêve. Ils se supportent quand tout va bien. Il se détestent en secret le reste du temps.Les années de frustration se lisent sur leur visage fermé.
Ainsi va leur vie.
Je les ai croisés de nouveau quand nous étions à la caisse.
Lui, les sourcils froncés : « Tu as pensé au fromage râpé ? »
Catégorie : Tranches de vie
Le monde des ados
1Le 15 avril 2011 par Jean-François Dortier
Le dernier numéro de Sciences Humaines, vient de paraître. Au sommaire une enquête inédite sur les loisirs des adolescents.
J’en profite pour vous poser cette petite devinette.
Qui a écrit ?
« L’appétit sexuel de l’adolescent le porte à la violence, à la brutalité, voire au sadisme. Il a le goût du sang et du viol ».
Réponse : Non, ce n’est pas Freud ou un tenant de la psychologie évolutionniste. C’est Emile Durkheim, dans Le suicide (1897)
Catégorie : Bazar

