Comment augmenter son intelligence ?

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Le 9 septembre 2012 par Jean-François Dortier

Augmenter son intelligence : est-ce possible ? C’est le sujet dernier numéro de Sciences Humaines et de l’émission de France Inter, La tête au carré qui consacre  le sujet de ce lundi à notre dossier. Vous pourrez donc m’y écouter à partir  de 14 heure. Vous pouvez aussi vous  procurez vous le numéro.En voici l’éditorial. Avec un petit questionnaire à la fin.

EDITORIAL

« Comment augmenter son intelligence ? Tout d’abord, écartons les mythes : « On n’utilise que 10 % de son cerveau. » La formule est faussement attribuée à Albert Einstein et n’a aucun fondement scientifique. Autre mythe : il existerait des méthodes miracles permettant de rajeunir le cerveau en s’entraînant à des jeux logiques ou de mémoires. On verra dans ce dossier qu’il n’en est rien.

Partant de là, il existe tout de même des façons de booster ses capacités mentales et de maintenir en forme. On en trouvera quelques-unes dans les pages qui suivent : de la bonne diététique du cerveau aux activités enrichissantes en passant par les méthodes pour mieux apprendre.

S’il n’existe pas de recette pour reprogrammer notre cerveau, on peut donc tout de même plus ou moins bien l’entretenir. En cela, le cerveau n’est guère différent du reste du corps. Il y a un potentiel de départ, puis le milieu favorable, l’exercice régulier et quelques bonnes méthodes font le reste.

L’une des façons les plus saines d’aiguiser son intelligence est de la plonger dans un milieu fertile. Une amie me raconte que durant ses études, un professeur l’a particulièrement marquée. Elle ressortait de chacun de ses séminaires avec l’esprit revigoré. Ce distingué professeur parlait avec tant de clarté, d’aisance et de rigueur qu’elle se sentait à la sortie de chaque cours comme contaminée par cette intelligence : il s’agissait pourtant d’un cours sur Aristote qui n’avait rien, en soi, de particulièrement excitant.

Pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir rencontré de tels modèles, le livre, la radio, Internet, et même certains programmes de télévision peuvent parfois les remplacer. L’invention de la lecture a permis ce petit miracle. Personnellement, quelques ouvrages m’aident à guider ma pensée dans de bonne direction quand j’ai l’esprit trop confus – ce qui arrive assez souvent. Quelques pages le soir avant de m’endormir ou le matin au réveil, et les choses m’apparaissent plus limpides. Parmi ces livres, il y a le Zibaldone, le monumental journal philosophique de Léopardi. Les Carnets de Paul Valéry ou les Essais de Montaigne me font ce même effet. Je ne sais pas pourquoi ces livres-là plutôt que d’autres : leurs informations y sont dépassées, les théories surannées, le style désuet ; mais j’y trouve une tournure d’esprit, un sens de l’observation, une vigilance intellectuelle qui me fertilisent. L’intelligence y transpire et devient communicative.

J’ai commencé une petite enquête auprès de quelques proches : «  Et toi, quels sont les auteurs, les livres, les professeurs qui t’ont éveillé l’esprit ? Quels sont les lecteurs ou les auteurs qui te stimulent et te rendent plus intelligent ? »

Je vous invite à découvrir les premières réponses sur www.scienceshumaines.com. Lors du dernier numéro, vous nous avez déjà proposé votre bibliothèque idéale du voyageur. La récolte a été fructueuse (voir l’article). Poursuivons donc nos échanges : partageons nos modèles, nos lectures, nos auteurs fétiches. N’est-ce pas là une bonne façon de se nourrir mutuellement l’esprit ?



Travailleur social : une profession a vif

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Le 9 septembre 2012 par Jean-François Dortier

Il s’appelle Xavier Bouchereau, il a été éducateur spécialisé pendant 10 ans et dirige aujourd’hui un service de protection de l’enfance. Il vient de publier, Les non-dit du travail social, (Eres, 2012). Ce matin, j’ai ouvert son livre placé sur ma pile de bouquins « à lire » (je prépare un numéro sur « Enfer et bonheur au travail ».

Dès le préambule, j’ai reçu un coup de poing.

« Pendant dix ans, j’ai exercé le métier d’éducateur spécialisé dans un service de protection de l’enfance. Comme chacune de mes collègues, j’assumais en continu trente mesures d’assistance éducative en milieu ouvert ordonnées par le juge des enfants. (…)

Durant ces années, j’ai essayé d’aider les parents et leurs enfants. Je suis allé dans les familles, au tribunal, au commissariat, dans les écoles, à l’hôpital, dans les foyers, dans les bars, dans des lieux improbables. J’ai pris des risques dans la rue, je me suis réfugié dans mon bureau. J’ai monté des escaliers, je les ai descendus. J’ai connu des portes, des milliers de portes, des portes ouvertes, des portes fermées, des portes de maison, des portes de HLM, des portes de caravane, des portes de prison… J’ai vu pleurer des mères, j’ai vu des pères en colère, des colères froides, d’autres incendiaires, des colères salutaires… J’ai pris des coups, j’ai porté plainte, j’ai placé des enfants, j’ai soutenu leur retour. J’ai contrôlé, j’ai fermé les yeux, j’ai humilié des parents, je me suis battu pour qu’ils ne le soient plus. J’ai écrit des rapports, j’en ai bâclés, j’en ai réussis, je les ai lus aux parents, j’en ai parlé au juge, j’ai écouté, je me suis tu, j’ai fait taire. J’ai rencontré des catholiques, des juifs des musulmans, des témoins de Jéhovah, des agnostiques, j’en ai rencontré qui s’en foutaient. J’ai  suivi des riches, des très riches, j’ai suivi des pauvres, surtout des pauvres. On m’a dit merci, on m’en a voulu on m’a offert des chocolats, on m’a reçu le couteau à la main. J’ai été heureux, triste, honteux, révolté, courageux, lâche, fier , désabusé, j’ai quitté les  rangs, j’y suis retourné. J’ai résisté, j’ai cédé, je me suis agenouillé, je me suis redressé. J’ai espéré. Bref, toutes ces années j’ai été humain…à ne plus savoir que faire ».

Le reste du livre aborde les contradictions du métier d’éducateur: la dimension militante d’un engagement professionnel, les doutes et les tensions du métier, les lourdeurs et illusions des évaluation, etc. Chaque chapitre est entrecoupé d’extraits de son journal de bord. Ces passages font mouche à chaque fois.


Au nom du père…

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Le 7 septembre 2012 par Jean-François Dortier

Qu’est ce qu’un père dans la tête de ses enfants ? On sait que pour Freud, l’image intériorisée du père représente la Loi, les interdits : « le surmoi ». Mais elle ne se réduit à à cela. Parfois le père prend le visage du héros inacessible, mais parfois l’image aimante d’un papa poule, parfois la figure méprisé d’un lâche ou d’un beauf ordinaire, parfois encore figure détestée d’un homme violent ou d’un alcoolique. Parfois encore l’image aussi mystérieuse d’un père absent.

Félicité Herzog est la fille du grand alpiniste Maurice Herzog : résistant de la première heure, alpiniste hors pair, premier vainqueur de l’Annapurna en 1950, ministre des sports sous de Gaulle, reste pour nombre de français une légende vivante. Pour Félicité et son frère, ce père fut destructeur. La jeune femme raconte dans son roman un héro (éd. Grasset, 2012) comment ce père à détruit la vie de son frère. Pour elle, Maurice Herzog fut un personnage maléfique:  derrière la légende vivante – l’homme fort, courageux, intelligent, séduisant, les enfants ont vu un père absent, menteur, séducteur, un égoïste froid, parfois violent, obsédé par le succès et sa propre légende.

Les yeux d’en haut

Je suis tombé récemment sur une autre image intérieure du père : celle décrite par Jerry Stahl dans son roman autobiographique : Mémoires des ténèbres (13E 2ditions). J Stahl est scénariste pour le cinéma et les séries télés. Il vit en Californie, fréquente les stars. Comme la plupart d’entre eux : il se drogue. Ce livre raconte sa descente au enfers, la face sombre d’Hollywood. « Durant les années quatre-vingt je me suis jeté dans une spirale narcotique qui m’a entraîné des magazines aux films pornos jusqu’au monde utlra-lucrtif de la télévision. » Côté pile : la réussite, l’argent, la célébrité  côté face une réalité plus sombre :  drogue, addiction, trahison, échecs relationnels. Sa vie part en débandade, sous l’oeil sévère de son père, qui est pourtant mort quand il était encore adolescent, mais qui reste gravé en lui.

Dans un passage, il parle de son père comme de la « Voix » qui lui parle ou encore les « yeux d’en haut » qui le regarde.

«Mon père avait accordé de l’importance aux choses. Il s’était battu. Il avait des principes, des buts. Il s’était hissé des mines de charbon jusqu’à la magistrature. Et ça pour quoi ?

Mon père. Mon père. Je ne pensais jamais à lui ; je ne faisais que ça. Surtout lorsque j’étais sur le point de prendre une décision, ou que je me trouvais à un carrefour quelconque. Son visage vaguement sinistre et toujours indéchiffrable flottait devant moi comme une pleine lune. Il ne m’a jamais donné le moindre conseil. Nous n’avons jamais eu de conversation intime. »

Plus loin, Jerry écrit :

« Dans les semaines et les mois qui ont suivi la mort de mon père quand j’avais seize ans, j’entendais sa voix et je sentais se poser sur moi son regard plein de tristesse tandis que je vivais ma vie sordide : je ne pouvais pas fumer un joint ou me masturber ou tricher à un contrôle de maths sans savoir que papa là-haut faisait une grimace déçue en me voyant. »

Puis jour Jerry Stahl va devenir père à son tour. Quelque semaines avant l’accouchement de sa femme, il entre dans un établissement pour une nième cure de désintoxication. Il se revoit marchant honteux dans les couloirs. Et il pense à cette petite fille qui va naître et qui lui demande « de sa voix pure et minuscule : Papa, pourquoi dois-tu te faire tant de mal ? Pourquoi tu me fais ça ? ».

« De la même manière, j’ai commencé à sentir que cette petite créature, ma fille, portait sur moi un regard critique : « Papa, pourquoi ? » entendais-je tandis que je me tenais affalé sur le rebord de la baignoire, le sang coulant sur les chaussures, et l’aiguille à la main ».


• Sur la figure du père : voir aussi : Comment accoucher de ses ses parents.


Où l’on parle de l’étrange animal…

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Le 4 septembre 2012 par Jean-François Dortier

Aujourd’hui sur France Culture, dans l’émission La grande table, à partir de 12 h, Tobbie Nathan, Hervé Le Telier, et Sébastien Balibar débattront autour de mon livre L’homme cet étrange animal, Aux origines du langage, de la culture et de la pensée (éd. Sciences Humaines, 2012).

Vous ai-je parlé de ce livre auquel je tiens tant  et que je viens de réactualiser ? Non je ne crois pas. Cette émission est donc l’occasion de vous faire une idée. Vous y découvrez une réponse inédite à la grande question du propre de l’homme. Pour 15 euros, c‘est donné ! Vous pouvez aussi bien sur vous procurer directement l’ouvrage sur Sciences Humaines.com.

La presse en a déjà dit beaucoup de bien :

« L’auteur, avec une clarté remarquable, fait le bilan des recherches les plus récentes… » (Maurice Godelier, La Recherche)

« Scientifiques, littéraires ou philosophes, ce beau livre, véritable encyclopédie d’une grande richesse, s’adresse à tous. » (Pierre Attali, Cahiers rationalistes)

« Un ouvrage remarquable. De temps à autre, un retour aux sources fait du bien. À lire impérativement ! » (Espace social européen)

« C’est tout le mérite de cet ouvrage d’explorer avec pédagogie et dans un style vivant les avancées des disciplines qui ont bouleversé notre vision de l’humanité. » (Sciences et Avenir)

« Vous vous posez encore des questions sur l’homme ? La réponse est dans ce livre. » (Hominidés.com)

« Longtemps la paléoanthropologie a cherché son chaînon manquant, en vain. Les sciences humaines ont plus de chance car elles ont trouvé Jean-François Dortier. » (Pascal Picq)

Je ne saurais dire mieux…


C’est la reprise

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Le 2 septembre 2012 par Jean-François Dortier

C’est la rentrée. Les cartables sont prêts. L’été est déjà derrière nous. C’est le temps des fournitures scolaires toutes neuves, des emplois du temps vierges, des pincements au coeur et des bonnes résolutions.

Mes résolutions ? Entre autres, réactiver ce blog.

C’est donc aussi la reprise pour QQ (Quatrième Question). Recommençons tout doucement. Avec deux citations.  Ce sera tout pour la rentrée.

La première est extraite de Putain d’Olivia de Mark Safranko, Un écrivain américain underground, dont j’ai lu cet été toute l’oeuvre traduite en français :  Dieu Bénisse l’Amérique (l’anti rêve américain vu par Max Jazak, un gamin paumé et sans talent dans une famille pauvre et déglinguée) puis Confession d’un loser (le même Max Jazak a grandi, il fait va de petits boulots à petits boulots et couche avec  un nombre impressionnant de femme – Confession d’un baiseur serait un titre plus exact). Putain d’Olivia, est une histoire d’amour et de galère entre Max et Olivia : ils sont jeunes, ils vivent d’amour et de pizzas refroidies dans un appartement sordide et rêvent tous les deux de devenir de grands écrivains. Mais vient un moment où les utopies intérieures se heurtent à une dure réalité : il faut sortir du lit (où ils passent beaucoup de temps) pour trouver un moyen de remplir le frigo et de payer le loyer.

Voici la citation.

« A sa sortie de l’hôpital, Benny a emballé ses affaires et déménagé. Ce fut un incident supplémentaire pour m’inciter à me questionner sur ce que je faisais de ma vie, à errer d’un palace pour cafard à un autre, à me bercer de fantasmes puérils tels qu’écrire de grands romans sans jamais m’y essayer vraiment, et parvenant tout juste à joindre les deux bouts avec des boulots de misère quand la plupart des gens de mon âge s’embarquaient dans de véritables carrières, fondaient des familles et tout et tout, dans le plus pur style américain. Le problème c’était que le style Norman Rockwell, il était pourri jusqu’à la moelle, et je le savais. Quand je méditais sur ce qu’un homme devait endurer pour s’en sortir en ce monde, ça me tournait l’estomac. »

L’autre citation est tirée de ces lettres à Lucilius, de Sénèque :

« L’une des nombreuses erreurs des imbéciles : ils n’en finissent pas de commencer à vivre ». Médite le sens de cette parle, Lucilius, toi le meilleur des hommes, et tu comprendras comme elle est répugnante cette inconstance des hommes qui chaque jour établissent leur vie sur de nouvelles bases et se lancent dans de nouvelles espérances, même sur leur lit de mort ».

Bonne reprise pour tout le monde.


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