Kant est de retour
0Le 15 janvier 2011 par Jean-François Dortier
Il et 5 h 30 quand je me lève. Une nouvelle journée devant moi. Un champ de possible, un champ de contrainte aussi. Carpe diem: de quoi se jour sera-t-il fait?
Si j’étais un type vraiment sérieux et rigoureux, voici, je ce à quoi je devrais me consacrer aujourd’hui.
– terminer mes notes de frais de 2008 à 2010 pour le contrôle fiscal. (Une contrôleuse de l’Ursaff a annoncé sa venue pour lundi. Et évidemment, elle va se pencher sur les notes de frais du dirigeant…).
– retranscrire l’entretien que j’ai réalisé hier à l’économiste Dan Ariély pour le numéro GDSH à paraître en mars sur « l’Empire de la consommation ». Dan Ariely est un des figures de l’économie comportementale qui s’attache à montrer l’influence des émotions, normes sociales et erreurs de jugement sur les comportements d’achat.
– contacter Edgar Morin pour un interview à propos de son dernier livre : La Voie.
– Lancer les commandes d’articles pour les prochains numéros de S.H.
– Faire le programme précis pour la réédition de Cerveau et la pensée 3.
Et pour bien faire, il faudrait aussi que : je range mon bureau, j’emmène la voiture pour la révision, que je prenne rendez-vous chez le coiffeur, et d’autres choses encore.
Bref, je devrais commencer sans tarder et finir tard ce soir.
Mais au lieu de cela,mu par une force quasi magnétique, je suis descendu dans mon bureau en direction du rayon « philosophie » de la bibliothèque. Là, j’ai retrouvé quelques les livres sur Emmanuel Kant (dont l’imposante Critique de la raison pure que je n’avais pas réouvert de puis des années). Je suis remonté dans le salon (où il fait plus chaud). J’ai posé les livres en pile à côté du fauteuil en cuir.Je suis allé cherché un bol de café, et je me suis installé, bien décidé à reprendre le problème à sa source.
Je rappelle que Kant pensait que toute la philosophie pouvait se résumer à trois questions : Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? et Que m’est-il permis d’espérer ? Sur la fin de sa vie, il en avait rajouter une quatrième question : « Qu’est ce que l’homme » qui était censé synthétiser les trois premières.
Aujourd’hui, je sais répondre à la seconde question : Que dois je faire ? Réponse : finir mes notes de frais, emmener la voiture au garage, retranscrire un entretien, finir un article et autres vétilles. Je sais aussi, que poussé par la fâcheuse tendance à toujours différer l’urgent et nécessaire au profit de ce qui est ni utile et non urgent, je vais me distraire l’esprit à d’autresoccupations. Et, par une curieuse perversion de l’esprit, cette distraction a pris le visage austère de Kant. (Attention : à ne pas confondre avec Kent, le copain de Barbie).
Voyons par quoi commencer ? Je ferme les yeux et j’imagine que Kant, vient de renaître. 200 ans après sa mort, un miracle vient de ressusciter le grand philosophe. « C’est bien » avait dit Emmanuel Kant en fermant les yeux pour la dernière fois, le 12 février 1804. « C’est bien ? » Ce sont peut-être les derniers mots d’un penseur qui a le sentiment du devoir accompli. « C’est bien » veut dire : je me suis acquitté au mieux de sa tâche d’homme. Mais peut-être a-t-il voulu dire autre chose : « C’est bien assez ». Sur la fin de sa vie, Kant était devenu sénile (il a tous les signes de la maladie d’Alzheimer). S’il lui restait-il un vestige de lucidité, celui qui a été l’une des plus grandes intelligences de son siècle voulait en finir après avoir vu se dégrader ses capacités mentales au fil des mois. C’est bien assez… finissons-en.
Non, Kant, ce n’est pas bien ! Le travail n’est pas terminé. Tu as laissé en plan quelques questions redoutables. Il faut revenir et reprendre le travail là où tu l’avait laisser.
Supposons donc, que Kant se réveille tout à coup, en 2011. Il se retrouve dans sa maison de Königsberg. La ville s’appelle aujourd’hui Kaliningrad. « Pourquoi l’a-t-on rebaptisé, demanderait Kant ? ». Et il faudrait alors lui raconter la redoutable histoire.
Königsberg a été rebaptisée Kaliningrad par les soviétiques en 1946 en hommage à Kalinine, un des hauts dignitaires du régime stalinien, un nom de sinistre mémoire. Kalinine a été de ceux qui ont été aux rennes du pouvoir durant l’époque stalinienne la plus dure : celle du goulag, des purges, des massacres. Le nom de Kalinine est associé au massacre de Katin: 25000 officiers polonais – exécutés froidement en 1940 sur ordre du régime soviétique. Le nom de Kalinine est présent sur l’ordre de mission.
« Stalinien, soviétique, de quoi parlez vous » demande Kant ? Et il faudrait lui expliquer la révolution russe, le communisme, la naissance de l’URSS et enfin la conquête de l’Europe de l’Est (dont Königsberg) après la Seconde Guerre mondiale.
« La Seconde Guerre mondiale ? » Kant bondit et son cœur s’accélère. L’expression elle-même fait froid dans le dos. « Que voulez vous dire ? » Il faudrait alors lui expliquer qu’il y a eu déjà une Première guerre mondiale (9 millions de morts, 20 millions de blessés), qui a mis l’Europe à feu et à sang. Puis il faudrait lui parler de l’Allemagne (dont sa Prusse natale était devenue une province). Du nazisme, de l’holocauste…
En fait, Königsberg/Kaliningrad a été au centre des « terres de sang » (blood lands), selon l’expression de l’historien Timothy Snyder. Au milieu de l’Europe et au milieu du 20ème siècle, les régimes nazis et soviétiques ont tué environ 14 millions personnes. Les blood lands s’entendent selo nF. Snyder de la Pologne à l’Est de la Russie Russie et couvrant au passage, l’Urkraine, les pays baltes et la Biélorussie.
Ces 14 millions de morts ne sont pas des soldats tués pendant les combats de la seconde guerre mondiale. Non : la plupart sont des victimes civiles (hommes, femmes, enfants) des deux régimes politiques soviétique et nazi. La plupart ont été tué entre 1930 et 1942 avant que les deux régimes n’entrent en guerre l’un contre l’autre. Car, rappelons le : de 1939 à 1941 Staline et Hilter étaient alliés.
Kaliningrad se trouve au centre de ce territoire de la mort. C’est aujourd’hui une ville qui appartient à la Russie mais qui est située à l’extérieure de la Russie : dans une enclave entre la Pologne et la Lituanie.
Kant est abasourdi : lui qui avait rédigé un Projet de paix perpétuel (1795). Lui qui pensait que la raison universelle pouvait finalement s’imposer et conduire l’histoire humaine. Quel échec plus cuisant pour sa philosophie…
Catégorie : Bazar
Ne regarde pas derrière toi !
2Le 10 janvier 2011 par Jean-François Dortier
« Qu’as-tu fait de ta vie? Regardes derrière toi avant d’aller plus loin ». Voilà ce qu’en substance m’invitait de faire la petite voix dans un billet récent (Putain de sagesse). Bon allons-y. Prêt pour le check up existentiel ? C’est, paraît-il en « regardant d’où l’on vient qu’on peut savoir d’où l’on va ». Pourquoi pas ? Mais je préfère encore la formule de Gide: « Il faut suivre sa pente : mais en montant ».
Je m’enfile un verre de whisky et on y va.
Attendez ! Encore un deuxième.
Ok c’est bon. En route.
Si je me retourne et regarde ce qui s’est passé de ces disons 30 dernières années (j’avais 24 ans !), un sentiment curieux m’envahi. Le vertige. Je me penche comme un alpiniste amateur qui viendrait de gravir 100 mètres et se retournerait d’un seul coup. Bon sang : j’ai mal au coeur !
Ma carrière s’est décidée à 25 ans. Auparavant, comme tous les grands nigauds de mon âge – les Rastignac et Julien de Rumbempré – j’étais gonflé d’orgueil et l’illusion. Mon ambition personnelle entremêlée à de véritables chimères intellectuelles me poussaient à réaliser une grande « œuvre » ; j’étais un idéaliste en rut. J’avais pourtant derrière moi déjà quelques cuisants échecs, renoncements ou tentatives ratées. Mais c’étaient les bavures de l’adolescence. Jusque là, rien d’anormal. Comme beaucoup d’adolescents, j’avais d’abord épousé, puis délaissé, la carrière de grand sportif (après avoir été battu à plate couture au championnat régional de course à pieds : spécialité 3000 mètres steeple) ; puis, guitare en main, j’ai envisagé une très éphémère ambition de star de la chanson engagée (carrière avortée lors d’une humiliation publique à une spectacle de fin d’année sur la scène du lycée, devant les camarades et les profs réunis). J’ai ensuite entamé une carrière de révolutionnaire professionnel. C’était idiot : rêver de devenir Trotsky ou Che Guevarra à l’époque des supermarchés, des boîtes de nuit, de la télévision couleur et des cinq semaines de congé payés: ça ne pouvait pas marcher… Après cinq années de laborieux travail militant pour le compte d’une organisation sectaire qui vampirisait tous ses membres, j’ai donc encore changé de voie. J’avais 25 ans, j’étais père de famille, garde barrière. Il était temps de passer aux choses sérieuses.
Vers 25/30 ans, on commence à avoir du plomb dans la tête. On en croit plus au miracle, on doit assumer sa vie d’adulte, affronter le monde réel. Et en même temps, on est trop jeune pour renoncer. C’est donc l’âge où beaucoup de jeunes gens portés par une passion commencent à séparer leur vie en deux. D’un côté le boulot « alimentaire » (il faut bien vivre et faire vivre les siens). Et les moments de libre – le soir et tôt le matin, les week-ends, les vacances entièrement consacrées à son château en Espagne). C’est le temps où on est trop jeune pour abandonner ses rêves et trop malin pour ne plus se laisser bercer par ses seules d’illusions. Alors on tergiverse : «J’ai 25 ans. Déjà ? Bon allez, je me donne jusqu’à 30 ans pour réussir ». Puis arrive 27 ans, puis 28, 29 ans, 29 ans et demi … Toujours rien. Le succès n’est pas encore rendez-vous. On se dit alors « Allez, je m’accorde un an de plus. Puis vient 31, puis 32…
Et c’est enfin arrivé !
Mais n’anticipons pas.
Entre temps, j’avais quitté la SNCF, passé quelques diplômes, donné des cours de sociologie, réussi un concours (de conseiller d’orientation) et profité comme un parasite du temps de liberté laissé ce job peu exigeant pour concocté un nouveau projet.
Mon projet ? Un grand rêve muri en secret. Une nouvelle une passion dévorante, un nouvel idéal, une aventure grandiose. J’allais consacrer ma vie à une idée. Une Très Grande Idée. Rependre un projet philosophique d’adolescent. Je l’avais baptisé « la quatrième question ». En référence à Kant et à une question qui l’a tourmenté à la fin de sa vie. J’avais découvert la « quatrième question » par hasard, un après midi d’étude, dans la salle de documentation du lycée, en feuilletant un bouquin de philo. Elle m’avait fait battre le coeur. Et pendant quelques semaines, je m’y étais consacré avec ferveur. Mais la fièvre était vite retombée et j’étais déjà passé à d’autres chimères. La question fut donc relégué dans un coin de mon esprit. Oubliée? Pas tout à fait. Elle avait resurgit quelques années plus tard, vers 25 ans, comme un virus endormi et qui se réactive toute à coup. Les idées agissent parfois comme des virus
Cette question, il fallait la reprendre. La réveiller, la faire revivre. Deux siècles après Kant. Régénérer ce beau projet d’une anthropologie philosophique. Elle avait été abordée par les philosophe sur un mode purement spéculatif et sans solides assises scientifiques et empiriques. A l’époque d’ailleurs, il n’était pas possible de faire autrement. Les sciences humaines n’existaient pas. Les grandes enquêtes sur la condition humaine manquaient cruellement.
Deux siècles plus tard s’était l’inverse. On croulait sous les données et les recherches. On avait accumulé tant de connaissances, de faits, de théories, d’hypothèses, de publication qu’on y comprenait plus rien. On avait tellement démultiplié et diviser les savoirs, tellement après à couper les concepts en quatre, qu’on en avait oublié l’objectif de départ.
Il fallait donc reprendre le problème sous de nouvelles bases. Rassembler les connaissances accumulées en deux siècles de recherches en sciences humaines, mais aussi en biologie, en éthologie, en théorie de l’évolution, mais sans oublier de les rapporter aux questions de départ. Il me faudrait pour cela m’engager dans un projet un peu démesuré (c’était d’autant plus excitant) : explorer tous les disciplines des sciences humaines et sociales, fréquenter les sciences de la nature, étudier, lire, écrire, croiser des données et les théories, raconter. Il faudrait aussi rencontrer les spécialistes, les questionner. Comparer, évaluer, faire des bilans et synthèses. Me faire chroniqueur des sciences et des idées, cartographe du savoir, encyclopédiste, essayiste, chercheur. Résoudre des énigmes, écrire des articles, puis des livres. tout en essayant de faire de cette nouvelle passion un job qui me fasse vivre moi et les miens. Bref, n’importe quoi.
Et vous savez quoi ?
Ça a marché ! La suite est racontée ici et là
Reste qu’une seule partie du chemin à été faite. Disons la moitié. La phase exploratrice et encyclopédique, de mon travail (celle du magasin d’idées), doit provisoirement s’arrêter. L’heure est venue d’en tirer les leçons générales et d’affronter directement la Quatrième Question. En l’occurrence : reprendre les questions posées par Kant et tenter de leur apporter une réponse synthétique (et provisoire) en m’appuyant sur le corpus le plus solide issus des sciences humaines. Voilà ce que j’envisage de faire dans les prochaines années. Je ne crois pas impossible de reprendre par exemple la première question de Kant (« que puis-je savoir ? ») et de l’éclairer au regard des avancées de la psychologie cognitive (et des sciences cognitives cognitives en général), de la philosophie de sciences et des développement de la philosophie de l’esprit. C’est un gros morceau – je l’admets – mais cela vaut le coup d’essayer. [Voilà pourquoi, entre autre, je prépare une troisième réédition de mon bouquin sur « le cerveau et la pensée »]. Parallèlement à cette réédition, je vais m’atteler à l’exercice suivant. Dans les prochaines semaines, je me glisserai (en pensée) dans la peau d’Emmanuel Kant revenants au 21ème siècle et regardant ce qui s’est passé dans la science des idées qu’il appelait de ses voeux demandant : « qu’à-ton découvert depuis ma mort? Est ce que ma philosophie de la connaissance est encore pertinente? ». J’ai procédé ainsi, il y a quelques semaines en faisant réssusciter Freud pour les besoins de la cause. Et j’ai trouvé cela très éclairant.
Mais revenons sur terre. Au lieu de savourer sagement le travail accompli, j’ai décidé de relancer la machine infernale, poussée par une inextinguible libido sciendi. Rependre le projet d’adolescent à un âge ou on ne doit plus se poser la question « qu’est ce que je vais faire? » mais « qu’ai-je fait? »
Comme tous les imbéciles qui ne savent pas s’arrêter à temps, il y a toute chance pour que j’échoue lamentablement dans cette entreprise démesurée. Mais c’est ainsi. Je suis tombé amoureux d’une nouvelle chimère. Elle s’est emparée de mon cerveau. Elle me fait déjà perdre le sommeil. Elle va me ridiculiser aux yeux de tous (ça y est, il se prend pour Kant maintenant!). Cette idée va me conduire à ma perte.
Et je ne voudrais pas vous faire manquer ça.
Catégorie : anthropologie philosophique
J’ai connu l’enfer… numérique
0Le 8 janvier 2011 par Jean-François Dortier
Pendant deux jours ce blog est resté inactif. Pire : il avait disparu. Que s’est-il passé ?
Je vais te raconter, cher lecteur, ce qui est arrivé. Mais, auparavant, prépare toi au pire. Où bien fuis pendant qu’il est encore temps. Car ce que tu vas lire est une expérience inoubliable. Elle va te mener aux confins de l’enfer. Tu y rencontreras des animaux monstrueux et des morts-vivants. Tu comprendras ce qu’est la morne solitude du désert, l’angoisse de la disparation des êtres. Tu verras défiler devant toi le futur du monde. Un monde terrible et angoissant.
Mais au terme de ce voyage – où j’ai vu s’ouvrir devant moi la grande bouche du Néant, où j’ai goûté à la potion amère du désespoir – l’épreuve n’a pas été vaine. J’ai retrouvé in extremis, la vie, le monde, la société des hommes et le vrai sens des choses.
Voilà donc l’histoire
C’était avant hier matin, je crois. Je me réveille tôt, comme à l’accoutumée, prêt à suivre mes bonnes résolutions. Avant de me mettre au travail, je commence toujours par un peu de lecture. Ce matin c’est Le Beau livre des mathématiques, de Clifford A. Pickover, reçu en cadeau pour Noël. Tout débute par le calcul des fourmis (les fourmis du Sahara calculent la distance qui les séparent de leur trou en comptant leur nombre de pas !), puis l’auteur poursuit avec un article sur les capacités numériques des primates. Très vite, les idées se mettent à crépiter dans ma tête. J’entrevois la possibilité de poursuivre la théorie de la « cognition incarnée » à propos des nombres et des figures géométriques. En clair : à quoi ressemblent les nombres dans notre tête ? Un très bel article en perspective pour ce blog. Bien installé dans mon fauteuil, l’ordinateur sur les genoux, un café en main, je pose le livre, j’allume l’écran, et j’entre l’adresse du site. C’est alors qu’apparaît ce message :
« Firefox ne parvient pas à trouver le serveur ».
???
Froncement de sourcils. Qu’est que cela veut dire ? Je vérifie. Les autres sites fonctionnent bien. C’est donc le mien qui est bloqué. Voilà qui est très fâcheux. A tout hasard, je réessaie avec un autre navigateur. Toujours rien. La crainte se confirme : dortier.fr est en panne.
Que faire ?
D’ordinaire, c’est Romain, qui s’occupe du site. Romain: c’est mon fils. C’est aussi mon développeur informatique personnel. Un informaticien hors pair, capable de construire des sites, inventer des logiciels, et résoudre en quelques clics les problèmes informatiques les plus ardus. Il s’est initié seul au langage mystérieux des ordinateurs; il sait parler leur langue; il sait les éduquer, les soigner, les soumettre. C’est mon sauveur donc. Il faut l’appeler « Au secours, Romain ton père a besoin de toi. Mon fils, la chair de ma chair, le sang de mon sang. A moi ! »
Mais il est encore très tôt. A cet heure là, il doit encore dormir. Je vais lui envoyer un mail, ainsi dès son réveil, il pourra… Mais j’y pense (montée d’adrénaline) : il n’est pas chez lui. Avec sa compagne Nathalie, ils sont partis en amoureux quelques jours au Portugal. Je les imagine en train de marcher main dans la main dans les rues de Lisbonne, flâner, musarder, s’instruire, admirer les façades des cathédrales, etc. Sans même se douter qu’à quelques milliers de kilomètres de là, un drame se noue. Un père se retrouve seul, désarmé et démuni. devant un écran qui affiche :
« Firefox ne parvient pas à trouver le serveur ».
Dix fois, vingt fois je suis retourné sur le site durant la matinée, espérant que le serveur ait redémarré. Dix fois, vingt fois j’ai été déçu. N’y a-t-il pas quelque part (où se trouve le serveur ?), un responsable (qui?) ou une machine (comment ?) qui aura détecté l’anomalie ? N’y a-t-il pas des procédures automatiques pour repérer la panne, intervenir, et tout remettre en place ?Me voilà en tout cas la victime désemparée d’une machinerie dont j’ignore tout. Esclave d’un monde numérique, d’une toile – le web – qui tisse patiemment ses fils et nous enserre et nous retient dans ses filets.
Les heures passent et… rien ne se passe. Aucun miracle. Dois-je me résoudre au pire ? Mon site restera fermé jusqu’à ce que Romain revienne. Et si c’était plus grave ? Et si toutes les données avaient été effacées ?
Je songe aux millions de lecteurs de ce blog (peut être plus encore ?) Ces gens de tout âge, toutes professions, tout milieux, toutes cultures, toutes religions, tout continents, toutes marques de sous-vétements) – et qui se branchent chaque jour avides de découvrir le nouveau billet de JFD. Tous ont besoin de ce blog pour vivre, respirer, penser, élever leur esprit, se consoler des désarrois de l’existence, trouver des raisons de vivre. Et surtout trouver la réponse à « la Question »: la Quatrième Question.
Combien sont-ils ce matin, à avoir voulu consulter leur blog favori (« Tiens, si j’allais voir où en est la QQ ?) et à s’être heurtés eux aussi à l’écran vide.
Message d’erreur; message d’horreur : « Firefox ne parvient pas à trouver le serveur »
A New York, Pékin, Paris, Oslo, Djakarta, Perpignan et Villeneuve sur Yonne, les mêmes visages égarés. Je vois leur étonnement, leur déception, leur mine défaite: « Qu’est ce qui se passe ? Pas de nouvelles ? Qu’est-il arrivé ? ». Et aux interrogations, se mêle la frustration « Pour combien de temps le blog est-il fermé ? », puis vient le doute « Ne me dites pas que c’est pour toujours ? », l’angoisse s’installe « JFD aurait-il abandonné la partie ? S’est-il défilé devant l’énormité de la tâche ? A t-il fui ? A moins qu’il soit mort – suicidé? – emportant avec lui de lourds secrets ? ».
Et pendant que les lecteurs supputent et s’interrogent, je suis derrière mon propre écran, qui m’exaspère. Je voudrais pouvoir toquer du doigt, comme derrière une vitre pour rappeler les lecteurs. « Eh, Je suis là ! Ce n’est qu’une panne. Romain va revenir. C’est sûr. Je suis toujours vivant. Ne partez pas, je vous en prie ! ».
Mais personne ne peut m’entendre.
Et beaucoup ont déjà tourné le dos.
Je songe à tout ces amis perdus. A Clarisse par exemple. Elle a découvert mon blog juste avant Noël et s’est abonnée aussitôt à la Newsletter (c’est sur la colonne de droite ou en bas de chaque article, c’est gratuit). Elle prépare une thèse sur Kant et son anthropologie philosophique. Elle trouve culotté de vouloir reprendre le projet de Kant deux siècles plus tard. Mais elle est quand même curieuse de voir comment je vais me débrouiller. Gilles, lui est universitaire. Il a vu citer ses recherches sur le site et il nourrit dans l’espoir que je vais encore souvent le citer. Alain D. est spécialiste des ragondins et voudrait savoir si je vais aborder de nouveau le prolème du Castor. (Oui, Alain, je vais y revenir)
Cheng Hua, grand amateur d’idées, vit dans une lointaine campagne chinoise. Là dans sa petite maison de bois, il a rédigé une « Théorie Universelle sur le Sens de L’Univers, de la Vie, de l’Humanité et de Tout le Reste » (en 7 volumes, il cherche un éditeur). Il avait suivi avec intérêt les débuts de mon enquête sur un individu invisible. Bien que ne partageant pas mes vues sur la question, il voulait suivre tout de même mon cheminement. « Où en êtes vous ? » m’avait-il demandé la semaine passée, en me présentant ses vœux. « Vous avez débuté une enquête quasi policière sur l’individu invisible, vous vous êtes engagé dans une sur les pistes de l’individu au Moyen âge, au temps des pharaons, dans le Japon d’autrefois. Vous avez promis de vous attaquer à un grand mythe fondateur des sciences humaines. Et puis… plus rien, vous n’avez tiré aucune conclusion. Que se passe-t-il? Vous avez renoncé ? Echoué dans votre entreprise ? Vous êtes déjà passé à autre chose ? »
– Non, cher Cheng Hua, lui ai-je répondu dans notre échange de mail, ce n’est qu’une pause provisoire. Bientôt, je vais y revenir. J’ai rassemblé de nouveaux matériaux, mené de nouvelles investigations. Mais je n’ai pas encore eu le temps de tout mettre cela en forme. Vous pointez justement une faiblesse: je cours trop de lièvres à la fois. Je me disperse et cours dans tous les sens sans rien finir. C’est en partie vrai. Mais attendez un peu. Je butine beaucoup de ça et de là, mais je reviens aussi régulièrement sur les mêmes lieux. L’exploration tout azimut et le retour cyclique font aussi partie de ma méthode. Les enquêtes provisoires s’intègrent dans un projet plus vaste et au long cours. Patience, je vais reprendre le fil. Puis je le nouerai avec d’autres fils, d’autres histoires : celles des carapaces de scarabées, de la création littéraire, de la libido sciendi, des voyages mystiques, et des naufragés solitaires, Toutes ses histoires sont en cours. Et bien d’autres encore. De même L’enquête sur l’art de vivre ne fait que débuter. Ainsi que celle sur les idées. Elles seront en lien avec une autres enquêtes à venir. Il y a une logique cachée à tout cela.
– Je crois deviner où vous voulez en venir. Peu à peu, les fils vont se nouer entre eux pour former un trame globale. Et la réponse à la Quatrième Question commencera à se dessiner. C’est cela ? A moins que ce ne soit une ruse. Un truc d’écrivain, de « page turner » pour entretenir un faux suspens et nous mener par le bout du nez jusqu’à nulle part ?
– Oui, c’est cela. Car la Quatrième Question se subdivise en bien d’autres. Pas simplement les grandes questions – l’individu, les idées, l’histoire, le sens de l’évolution, etc -, mais aussi les castors, les petites chinoises, Kant, les rêves de Mc, etc. tout cela est relié ensemble. Mais il faut prendre le temps. Le chemin ne fait que commencer.
Il est quelqu’un pour qui ce blog a une tout autre signification. Je songe à Alice, de Vancouver. Elle a 42 ans, travaille dans la parfumerie, vit seule avec ses deux enfants. Elle est tombée par hasard sur le billet Soyez modérément agressifs, un jour où elle ruminait encore son histoire : son mari qui l’a quitté il y a six mois, pour partir avec un jeune femme de 30 ans. Ils s’étaient connu au lycée; ils formait un couple idéal et personne n’aurait pur imaginer que leur amour allait se briser, comme les autres. Alice vient de connaître la trahison, la déprime, l’humiliation, la colère, la rancœur, la tristesse. Elle avait souri en lisant le billet, Ce qui ne nous tue pas nous rend-il vraiment plus fort. Elle s’était reconnue dans l’article sur la honte. Puis elle a lu aussi les billets sur la petite voix intérieure, les résolutions de début d’année. Le reste l’intéressait moins mais elle a décidé de faire un effort. « Je ne comprends pas tout ce que vous écrivez, m’avait-elle écrit, mais je sens que vous comprenez les gens. Et de toute façon, j’ai besoin d’un ami ».
Je pense aussi à Denis, une vieille connaissance de lycée, alcoolique et désemparé qui passe ses journées sur le web. Il y a encore Virginie D, correctrice pigiste qui relève consciencieusement toutes les fautes d’orthographe et de grammaire et me propose ses services de correction en ligne. Et ces millions d’autres lecteurs anonymes terriens ou extra-terrestres qui s’intéressent sur le sens ultime des choses (et de tous les trucs qui vont avec). Tout ceux là, devrais-je leur dire adieu à jamais. Si tôt ?
J’ai passé deux nuits d’enfer. Tourmenté par de terribles cauchemars. Je me vois atteint du lock-in syndrome. Je suis bien là, vivant, derrière mon écran. Mon cerveau fonctionne. Ma conscience est intacte. Mais personne ne m’entend. Personne ne me sait conscient. Nul ne peut entendre à mes cris intérieurs. Me voilà emmuré vivant dans mon corps. Condamné au silence, alors que j’ai tant à dire. Pour les internautes, je viens de rentrer dans le coma. Dortier.fr est à l’arrêt. KO, mort. Evanoui.
Ma disparition momentanée sur l’internet est une mort numérique. Un jour viendra où la panne d’ordinateur équivaudra à une vraie mort sociale. Et peut-être même à une mort physique. Quand le temps des posthumains sera venu. Quand nous serons tous des machines bioniques, quand nos organes seront connectés à des prothèses cognitives, quand nos nerfs ne seront plus que des fibres optico-numériques, quand nous serons reliés à un monde lui-même fait de réseaux et de mégabits. Quand votre visage et le mien ne se verront plus qu’aux travers d’images simulacres, des avatars hologrammiques choisi dans le catalogue de la Firme « Faceboogle ». Quand nous nous ne nous parlerons et nous verront uniquement via nos corps et images virtuelles. Quand nos vies auront définitivement basculée vers le jeu vidéo. Quand l’amour, l’amitié et toutes les relations humaines ne seront plus que des jeux de dupes. Quand le virtuel aura définitivement remplacé le réel.
C’est alors que surviendra la panne… La Panne générale survenue à la suite de la diffusion pandémique d’un nouveau type de virus , le H1 NO3, qui coupera tous les circuits de tous les ordinateurs du monde.
Ce jour là, nous nous réveillerons tous comme dans la Métamorphose de Kafka. Chacun sera enfermé dans sa carapace d’énorme insecte, couché sur le dos, incapable de bouger, ne pouvant qu’agiter ses pattes dans le vide. Ne pouvant plus parler, communiquer, appeler le monde au secours.
Comme moi en ce moment.
J’ai vécu ainsi, deux jours et deux nuits de cauchemars. J’ai connu la mort numérique. Et j’ai entrevu le grand cataclysme.
Puis hier matin mon téléphone à sonné. Romain était de retour.
En quelques minutes, il a compris le problème. « Ce n’est pas un problème de serveur, papa. C’est le nom de domaine dortier.fr a expiré »
– Expiré, ça veut dire que mon domaine a rendu l’âme. Il est mort ?
– Oui, tu as du recevoir des alertes de réabonnement que tu as ignorer dans l’avalanche des mails. Mais rassure-toi, on va pouvoir la réactiver.
– C’est vrai? En retrouvant toutes les données ?
– Oui, on doit pouvoir rétablir le contact sans dommage.
– Comment, vite, dit moi !
– OK, je t’envoie les codes, tu sors ta carte bleue et tu suis mes instructions.
Quelques minutes plus tard, c’était fait. Le site réapparaissait sur l’ écran. Romain, mon fils, celui à qui j’ai donné la vie, m’avait redonné en retour ma vie numérique. La bouclé était bouclée. Le père avait donné naissance à un fils. le fils avait rendu la vie à son père !
Me voilà donc de retour. Je revis, numériquement parlant. Je suis là les amis. Je suis mort trois jours, mais me revoilà ressuscité (Voix off : Allons bon, il se prend pour le Messie !).
J’ai vu la mort numérique en face. Et j’en tire une grande leçon. Les jours nous sont comptés. La Fin est bien au bout du chemin. Elle peut arriver à tout moment. Une course de vitesse s’est engagée entre la Mort et la quête de la Vérité.
N’écoutons pas la sagesse, mauvaise conseillère qui invite à prendre son temps, à renoncer aux chimères et aux utopies. La vraie sagesse, qui est une putain sacrée, nous invite à goûter au fruit défendu de l’arbre de la connaissance. Elle nous appelle à reprendre la route. Suivons là.
Il est temps de reprendre le chemin.
Catégorie : Art de vivre & anti-sagesse
Comment tenir ses résolutions (plus de trois jours)
1Le 3 janvier 2011 par Jean-François Dortier
Le début d’année est le temps des résolutions… Souvent oubliées ou bafouées quelques jours plus tard. Enquête sur les faiblesses de la volonté et l’art d’y remédier.
Depuis trois ans, je mène chaque fin et début d’année une petite enquête dans l’entourage afin de savoir qui prend des résolutions et à propos de quoi. Avant hier, j‘ai commencé hier à interroger autour de moi. Marie n’a rien voulu me dire (« secret défense : c’est personnel !»). Mc a décidé d’arrêter de regarder la télévision les soirs de semaine. (Ce sera uniquement le week-end et… quand je la supplierai qu’on se blottisse ensemble sur le canapé devant le maudit écran). Elisabeth s’est engagée à voir plus souvent Mc. Marina s’est promise d’être moins exigeante avec les autres et plus attentive à eux. Margot a décidé de » perdre 3 kilos ».
La perte de poids un des grands classiques des résolutions de début d’année. Il y a deux ans Pascal D., Michel C. et moi-même – trois quinquagénaires en surpoids – avions décidé tous les trois de perdre 10 kilos (chacun bien sûr !). Je suis le seul à y être arrivé. Mieux ; j’ai perdu 15 kg et gagné trois crans de ceinture. Ma recette ? Mon régime miracle ? Pas de régime. Je me suis fixé deux résolutions. Ne pas manger entre les repas, et me servir une fois de chaque plat, c’est tout. Ajouter à cela un peu de sport. Et surtout, la continuité dans l’effort (qui, au bout de trois semaines n’en n’était plus un). Depuis j’ai repris quelques kilos. Le matin, je serre au maximum ma ceinture pour ne pas relâcher un cran, mais je sens tout de même que ça coince. Un de mes défis pour cette année sera de reperdre un peu, le tout dans une stratégie plus globale de reprise en main corporelle. Je vais y revenir car je soutiens que perdre du poids est un objectif éminemment philosophique. En attendant revenons à notre question : comment faire pour tenir ses résolutions?
Pourquoi les résolutions ne tiennent pas longtemps
La plupart des résolutions de début d’année ne franchissent pas le cap de la semaine ou du mois de janvier pour une raison bien connue en psychologie économique. Nos engagements (faire du sport, régime alimentaire, ne plus regarder plus la télé, se mettre à l’écriture d’un roman policier qui sera un best seller,etc.) sont supposés nous apporter de grands bénéfices à long terme. Mais, à court terme, ils sont coûteux car ils supposent des privations et efforts immédiats.
Inversement : céder à ses impulsions présentes (reprendre une part de gâteau, regarder cette stupide mais envoutante série télé, différer la séance d’entrainement car il fait froid dehors et je suis fatigué et tant pis je mettrais les bouchées double demain, etc.) est plaisant à court terme. Le prix à payer, lui ne l’est que sur long terme.
D’un côté, le plaisir immédiat et des coûts relégués à plus tard. De l’autre : un coût immédiat et des récompenses supposée à long terme. La balance est inégale et le conflit vite réglé. Le conflit intérieur oppose en fait deux parties de nous: le centre du plaisir (le cerveau limbique) qui exige des récompenses immédiates et le centre réflexif (le lobe frontal) qui planifie des actions sur long terme.
Mais heureusement, à force de s’abuser soi même par des promesses non tenues et des résolutions sans lendemain, on parvient à trouver quelques trucs pour bien se discipliner. On apprend à dompter la bête ou du moins à ruser avec elle.
En voici quelques unes de ces recettes, issue d’une longue suite de tentatives avortées, mais qui à terme, finissent pas porter leur frits
• Traduire les projets vagues en programme précis. Tout d’abord une bonne résolution n’est pas un simple « vœux ». Elle doit se traduire par un objectif concret et un programme d’action. « Je vais faire du sport » ou « je vais être ordonné », « je vais perdre du poids », « je vais écrire un best seller » ne sont pas des résolutions, mais des vœux. Il est indispensable de traduire ses vœux en objectifs et programmes concrets. Lorsque Pascal, Michel et moi nous avions décidé de perdre 10 kilos dans l’année, Michel qui est un scientifique, nous avait prévenu. « Attention, 10 kilos cela veux dire presque qu’un kilo par mois, en moyenne ». C’est peu et beaucoup à la fois. Cela fait 250 gramme pas semaines toutes les semaines. Comment tu peux arriver à cela : un régime, une restriction continue ? Du sport… » Très bonne question. Et cela exige de définir aussitôt un programme précis et concret.
• Découper la montagne en morceaux. Ensuite, il faut que l’objectif soit à notre portée. Or le propre des résolutions est souvent d’être irréaliste. Marina, qui est une grande gourmande avait décidé de ne plus manger de gâteaux durant toute l’année (sauf quand elle était invité à l’extérieur). Voilà le genre de défi surhumain, presqu’impossible à réaliser quand on est accros aux dessert ‘ou au chocolat ou aux achats compulsifs). Tous les experts en changement personnel vous le diront. Il vaut mieux commencer par des petits défis concret et immédiat plutôt que se fixer des objectifs trop élevés qui nous mène tout droit à l’échec. J’appelle cela « découper la montagne en morceaux ». Je ne sais plus où j’ai lu cela. Cela signifie qu’on peut déplacer les montagne : à condition de ne déplaçant chaque jour qu’une pierre à la fois. Mais avec opiniâtreté, sans lâcher prise.
Par exemple, cette année, je me suis engagé à ne plus laisser trainer un longue liste de mail en retard. Je vais donc écluser mes mails en retard. Mais je vais le faire doucement : 3 à 4 mails par jour (en plus des mails courants que je ne laisse pas traîner). J’ai appris à faire cela aussi pour l’écriture.
• Changer de cadre : aménager les lieux et les temps et le ritualiser. S’imposer un changement durable suppose de changer ses habitudes. Pour cela, il est impératif de changer son cadre de vie. Sans nous en rendre compte, nous sommes prisonniers des lieux et des temps qui structurent nos activités quotidiennes. Je souhaite me faire du sport ? Il faut impérativement que j’aménage un horaire précis dans la semaine et que je sanctuarise cette activité. Il y a trente ans, j’ai commencé à écrire vraiment, le jour où je me suis aménagé un espace et un horaire systématiquement consacré à l’écriture : loin de mes autres tentations (la télévision, les instruments de musique, etc. ).
• S’enchaîner au mât: la stratégie d’Ulysse. Pour changer durablement, on ne doit pas compter sur sa seule volonté. La volonté est faible; Inversement les routines, les tentations, les obligations, les auto-justification, les auto-illusions et les influences extérieures sont beaucoup plus fortes. Il faut donc se créer un cadre de contrainte et de simulant, qui, le moment venu, viendront palier à ses faiblesses. C’est la stratégie d’Ulysse, qui connaissant ses propres faiblesses, se fait attacher au mât du bateau pour résister au chant des sirènes. Si on veut s’adonner à une activité durablement, il importe d’organiser un système de contrainte et de récompenses qui vont nous arrimer à notre projet. Si je veux faire du sport durablement, rien de mieux que de trouver un compagnon d’entraînement et de se fixer un planning commun. L’engagement vis-à-vis de soi même (toujours fragile) devient un engagement vis-à-vis d’autrui, donc plus impératif. Le jour où je n’ai pas envi de sortir, je sais qu’il va venir me chercher. Et l’inverse est vrai. On s’épaulent mutuellement. Il faut donc trouver des contraintes qui, le moment venu, viendront se substituer à la volonté défaillante (comme ces enfants qui réclament d’aller en pensionnat connaissant leur propre faiblesse). L’engagement social (annoncer publiquement que l’on va arrêter de fumer, s’associer avec un partenaire pour faire du sport, s’inscrire à un club) est une contrainte librement consentie les plus efficace.
• La stratégie de la récompense. Il faut être ami avec soi-même. Les résolutions exigeant des sacrifices, et des frustrations, il faut rééquilibrer le tout en s’accordant des récompenses. Personnellement, je suis partisan de s’accorder des petites gratifications quand j’ai réussis a franchir une petite étape. Par exemple si me suis abstenu d’acheter un nouveau livre de toute la semaine (je souffre d’addiction à l’achat ou au vol de livres), je m’accorde une petite récompense le samedi.
Il y a bien d’autres trucs et recettes pour parvenir à réaliser des vœux de début d’année. Tout en sachant que les affaires humaines, il n’y a pas de recettes miracles, qu’il faut beaucoup d’échecs pour quelques réussites. Mais il y a aussi des miracles inattendus. L’an passée, Marina s’était donnée deux objectifs irréalistes allant complètement à l’encontre des leçons de sagesse évoquées ci-dessus. La gourmande a pourtant réussie à ne pas acheter un seul gâteau de l’année. Elle s’était interdite également de s’acheter de nouvelles robes ou chaussures (elle qui raffole de faire les magasins de vêtement !). Et elle a tenu son pari fou.
« Tu n’as même pas acheter de petite culotte ?
– Non, même pas ! Je sais que c’était pas possible, alors c’est pour ça que je l’ai fait.
Et voici maintenant la liste de mes résolutions pour cette nouvelle année.
1. Perdre du poids. Disons encore 5 kilos. Dans une stratégie plus globale de reconquête physique.
2. Ecrire sans faute : chasser impitoyablement les fautes de grammaire et d’orthographe qui truffent mes articles.
3. Lutter contre ma texicomanie (ici ce n’est pas une faute : j’ai bien écrit « texicomane »). La lecture et l’écriture me sont devenues trop addictives. Elles m’isolent, me dispersent, me perturbent. Elles me font aussi commettre des fautes morales vis-à-vis des autres et des erreurs stratégiques dans la conduite de ma vie.
4. 2011 : année QQ (quatrième question). Je vais avancer dans mon projet sans (trop) me disperser.
5. Ne plus laisser une liste de mails en souffrance.
6. Partir en vacances, voir ma famille et mes amis plus souvent.
7. Arrêter d’agacer MC avec des questions stupides (« Et si je m’appelais Gigi la baleine blanche, tu m’aimerais quand même ? », « Qu’est ce que tu préférerais : être vivante et malheureuse ou morte mais heureuse? ».
8. Tenir mes résolutions.
Et vous, vous avez pris des engagements pour cette nouvelle année ? N’hésitez pas à les communiquer : s’engager auprès des autres, est une façon de se dompter soi-même.
Catégorie : Art de vivre & anti-sagesse, Psychologie
L’univers est en nous
11Le 1 janvier 2011 par Jean-François Dortier
Ce curieux personnage nous provient d’Inde et du 19ème siècle. Il est amusant non ?
Il s’agit d’une mélothésie (c’est-à-dire d’une mise en correspondance entre le corps humain et l’organisation de l’univers représenté par les étoiles du zodiaque). Sur son corps sont représentés le ciel, les étoiles, la terre, les montagnes, océans et toutes les parties de l’univers telles qu’on pensait les connaître.
Il était un symbole de l’influence de l’univers sur la destinée humaine. Quoi de mieux pour illustrer cette idée essentielle : l’univers entier est en nous.
L’univers est en nous. Cela signifie d’abord nous sommes composés de parcelles de l‘univers primordial. Tous les atomes d’hydrogène qui composent notre corps viennent du big bang originel qui a eu lieu il y a 13, 5 milliards d’années. Songez un instant à ceci : les briques constitutives qui nous composent, vous et moi, ont été façonnées dans une soupe primitive de milliards de degrés à une époque où il n’y avait aucune étoile ni aucune galaxie dans le ciel. D’ailleurs, il n’y avait même pas de ciel : l’univers n’était qu’un plasma (un gaz brûlant) en expansion. La séparation entre la terre (en fait entre des milliards de galaxies, d’étoiles et de planètes) et le ciel (c’est-à-dire l’espace froid et presque vide qui les sépare) remonte à beaucoup plus tard : 380 millions d’années précisément. Auparavant, nos atomes d’hydrogène ont été fabriqués en moins de trois minutes, lors du big bang initial. Et ils sont encore là aujourd’hui, 13, 5 milliard d’années, plus tard, autour de nous et en nous.
Les étoiles sont en nous. Tous les autres atomes qui composent le corps humain : oxygène, carbone, calcium, magnésium, etc. proviennent du cœur des étoiles. Oui, du coeur des étoiles. Avant de s’assembler en molécules, puis en cellules, en organes et en un corps complet, il fut un temps où vos atomes et les miens ont vécu dans le sein d’une étoile. C’est au centre des étoiles que se forment tous les atomes de l’univers (hormis l’hydrogène, qui comme on l’a vu, vient en droite ligne du big bang). C’est dans cette fournaise que les atomes fusionnent entre eux. Pendant des milliards d’années les étoiles brillent en produisant des milliards d’atomes dans leur ventre brûlant. Puis un jour, l’étoile meurt. Les atomes qui la composent se dispersent alors dans l’espace. C’est eux qui forment les éléments solides de l’univers : les métaux, les minéraux, l’eau, les êtres vivants, vous et moi. Tous sont fait à partir d’éléments venus du cœur d’une étoile. L’univers et les étoiles sont en nous.
L’océan est en nous. Notre corps est composé à 65 % d’eau. De l’eau qui vient des rivières, des lacs et des océans. Mais d’où vient cette eau ?Comment sont nés les océans ?
Encore de l’espace. Une météorite s’approche de la terre. Elle est constituée de glaces et de neige comme beaucoup de ses soeurs. Quand elle s’approche de la terre, chauffée au contact de l’atmosphère, sa glace et sa neige fondent et les molécules d’eau tombent sur la terre. Il y a de l’eau partout dans l’univers. Et toute l’eau de la terre vient de l’espace. Au fil du temps c’est une pluie de météorites glacées qui ont formé les océans et les mers.
L’histoire de la vie est en nous. La vie est née dans l’Océan. Et pendant trois milliards d’années elle y est restée. Puis des premiers organismes (des bactéries, des plantes et puis des animaux) sont sortis des mers et ont colonisé la terre. La lignée des animaux terrestres date de 600 millions d’années environ. Nous autres, animaux terrestres, croyons avoir quitté notre océan primordial, il y a bien longtemps. C’est faux. Nous restons pour l’essentiel des animaux marins. A la seule différence près que nous transportons l’océan en nous. L’eau salée constitue, disais-je 65% de notre organisme. Mais comme une partie de cette eau s’évapore (1, 5 litre par jour), il nous faut reconstituer sans cesse nos réserves. Tous les jours, tous les humains, depuis toujours et pour toujours devront boire, boire et boire encore.
Voilà pourquoi, toutes les activités humaines se sont développées au bord de l’eau. Les anciens Homo (habilis, erectus, sapiens, etc.) vivaient aux bord des lacs et des rivières. Les premières grandes civilisations (au Moyen-Orient, en Chine, en Inde, en Afrique, en Amérique) ont pris leur essor dans les bassins des grands fleuves (car il faut beaucoup d’eau pour l’agriculture et l’alimentation des villes). Au 21ème siècle nous croyons êtres émancipés de cette contrainte aquatique parce que nous avons construit des réseaux hydroliques très perfectionnés qui amènent l’eau jusqu’à nous. On ouvre un robinet : l’eau coule. C’est si facile qu’on en oublie notre dépendance. Pourtant, tout à l’heure vous devrez vous lever pour aller boire un café, un thé, un verre d’eau. Peut-être en avez un à portée de main. Nous devons boire en permanence pour survivre, pour alimenter notre petit océan intérieur. Au 21ème siècle, des guerres de l’eau menacent car les Etats privés d’eau devront s’en procurer ailleurs. A l’heure d’internet, des ordinateurs et des téléphones portables, nous restons d’abord tributaire de cet élément primordial pour survivre. La longue histoire du vivant, celle des animaux marins n’est pas derrière nous, elle est encore en nous. Les étoiles comme les océans sont encore en nous.
• Les plantes et les animaux sont en nous. Il faudrait parler aussi des plantes auxquelles nous devons tant. Pour recomposer notre organisme chaque jour, (car les cellules de notre corps se renouvellent sans cesse) il nous faut fabriquer de la matière organique. Or, un corps humain ne sait pas faire cela. Seules les plantes savent faire des molécules organiques (lipides, protides, glucide, etc.) à partir de matière inorganique. Les plantes sont dites « autotrophes ». Les animaux eux, sont hétérotophes : il ne savent pas fabriquer par eux-mêmes les briques du vivant et doivent les chercher chez les plantes ou chez d’autres animaux (qui, eux-mêmes se nourrissent de plantes).
Merci aux plantes de nous offrir non seulement des beaux paysages, mais aussi de l’oxygène pour respirer et toute cette matière dont on a besoin pour (re)construire notre corps en permanence.
L’univers, les étoiles, les océans, les plantes et les animaux : tous sont l’intérieur de nous. En ce début d’année, songez à ceci : l’univers n’est pas autour de nous, il est en nous.
BONNE ANNEE.
Catégorie : anthropologie philosophique | Mots-clés: univers




